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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 18:40

La médecine c'est facile. Quand on y réfléchit objectivement je veux dire.

Des gens ont fait des études, certes longues, pour apprendre la plupart des maladies, ainsi que la plupart des traitements indiqués dans ces pathologies là.

On voit un rhume, on donne rien (enfin en théorie).

On voit une constipation, on donne un laxatif.

On voit un infarctus du myocarde, on fait une revascularisation quand c'est possible, ou un pontage.

 

La médecine, en somme, c'est une multitude de tiroirs. En fonction de la pathologie diagnostiquée, on ouvre le tiroir correspondant et on écrit notre ordonnance.

 

Bon, après, il faut savoir poser un diagnostic sur des symptômes et un examen clinique. Ca c'est un peu moins facile de l'imaginer sous forme de tiroirs uniques.

Parce que bon, une gastro entérite, ça peut ressembler à une appendicite, à un infarctus mésentérique ou que sais-je d'autre.

 

Mais de toutes façons, la médecine n'est jamais vu de façon objective.

 

Il y a la vision des patients, la vision des médecins eux mêmes, la vision des politiques...

Vous avez surement vu ces photos humoristiques décrivant comment sont perçus les chats du point de vue du chien/du maître/de lui même.

Vous comprenez où je veux en venir.

 

Comme je ne peux pas parler pour les autres, je vais vous décrire l'image que j'ai de mon métier, et ce que c'est réellement, le plus objectivement possible.

 

Quels sont les mots importants pour définir mon métier ?

 

Passion, empathie, amour des autres. Bien. Un brin bisounours cependant.

 

Mais en vrai, peu de reconnaissance, horaires importants, mauvais rémunération. Un peu casse gueule comme discours, maintes fois répété et non politiquement correct.

 

Comment je voyais mon métier avant de le pratiquer ?

 

J'imaginais un partage, entre le médecin et le patient, une confiance qui aurait été établie sur des bases saines, solides.

Je voyais au départ une relation paternaliste. Le médecin sait des choses, prend des décisions, les explique à son patient totalement confiant. Pas de dispute, pas de discussion, pas de méfiance.

 

J'ai revu ma copie en imaginant le médecin plus comme quelqu'un qui a acquis des connaissances, parfois par les cours, parfois par l'expérience, parfois en farfouillant sur le net (non, je n'ai pas la science infuse non).

Lorsque quelqu'un vient consulter, il s'agit pour le médecin de mettre à la portée de son patient les options les plus pertinentes afin que le patient puisse choisir seul la prise en charge qui est la plus adaptée pour lui. C'est ce qu'on appelle un choix éclairé.

 

J'aime bien cette idée de partage des informations, d'éducation des patients à se prendre en charge, le partage des responsabilités aussi.

 

Mais en vrai, la relation établie entre mes patients et moi n'est pas toujours basée sur la confiance. Je peux comprendre les réticences de certains face à mon aspect de jeunette idiote et incompétente (imaginez si j'avais été blonde !).

 

Mais en vrai, je ne prends pas toujours le temps d'expliquer qu'un rhume, c'est viral, qu'il faut consulter après plusieurs jours d'évolution en cas de non-amélioration. Que les antibiotiques, ça n'est pas tout le temps nécessaire. Je ne prends pas toujours le temps d'évoquer les différences entre les molécules permettant de traiter l'hypertension artérielle.

Je me cache derrière une histoire de surcharge de travail. En fait, je pense surtout avoir la flemme, et aussi avoir (déjà) perdu la foi. Je ne me bats plus non plus contre les « non substituable »

 

Mais en vrai aussi, certains patients aiment bien la relation paternaliste, et se sentent en sécurité quand le Docteur dit de prendre du Paracétamol pour la Rhinotrachéite. Ca fait ordre venant d'un grand manitou.

 

En quoi consiste ce métier ?

 

Recevoir de gens malades, qu'ils soient atteints de maladies aiguës ou chroniques. Les prendre en charge de la meilleure façon possible pour leur permettre de continuer leur vie habituelle avec le moins de désagrément possible.

« Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours ».

Ca c'est ma formule. Mon crédo.

Et je leur dis souvent, quand on est face à des situations devant lesquelles je suis impuissante. « Je sais que c'est difficile, malheureusement, je n'ai rien de mieux pour vous soulager ».

Faire du dépistage, de l'éducation à la santé. Voir des enfants et expliquer aux parents l'intérêt des vaccins. Voir des ados et expliquer l'intérêt des préservatifs et de la contraception. Voir des adultes et expliquer l'intérêt des règles hygiéno diététiques.

 

Mais en vrai, je vois des gens souvent peu malade. Qui prennent beaucoup de temps, parce qu'ils pensent que je ne veux pas les aider, et qu'il faut leur expliquer pourquoi je ne leur prescris pas beaucoup de médicaments et que je prends en compte leur demande sans pouvoir leur donner la réponse qu'ils souhaitent.

 

Mais en vrai, les parents font faire les vaccins à leurs enfants sans parfois en saisir tous les enjeux, et je ne prends pas le temps de leur expliquer, puisque le calendrier vaccinal est respecté.

 

Mais en vrai les ados ne viennent quasiment jamais sans leurs parents, et c'est difficile de parler ouvertement de sexualité avec un ado de 16 ans alors que sa maman est à côté de lui. Et je n'arrive toujours pas à faire sortir les parents lors de ces consultations là.

 

Mais en vrai, j'essaie de parler une fois par an d'hygiène de vie et d'équilibre alimentaire. Pas assez souvent à mon goût. Le sevrage tabagique est plus facilement abordable en ces temps de toux et de glaires, mais en été, mes rappels retombent à plat.

 

Comment je me vois travailler actuellement ?

 

Je m'imaginais sauver la veuve et l'orphelin ou presque.

 

Mais en vrai je sauve principalement des rhinos.

 

Mais en vrai, je remplis une tonne de paperasse sans y comprendre grand chose.

 

Mais en vrai, je suis une gérante d'entreprise.

 

Mais en vrai, j'ai l'impression que les gens se plaignent tellement que j'ai tendance à sous-estimer les symptômes décrits par certains.

 

Mais en vrai, j'ai l'impression de faire certains examens cliniques vite fait bien fait et de bâcler mon travail.

 

Qu'est ce qui m'angoisse ?

 

Ne devrais-je pas prendre plus de temps pour chaque patient ?

Ne vais-je pas passer à côté de quelque chose parce que je suis fatiguée ?

Ne suis-je pas en train de moins me soucier de mes patients ?

Suis-je déjà blasée de mon métier, après seulement 1 an d'installation ?

 

Comment je vois mon métier dans l'avenir ?

 

Je vous le dirai dans quelques années. J'espère pouvoir établir une balance, un équilibre entre ce que j'espérais faire et ce que je fais aujourd'hui, et ainsi ne pas m'épuiser tout en restant suffisamment à l'écoute de mes patients.

 

Croisez les doigts...

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Published by bulledeviebulledesurvie - dans Survie
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commentaires

NiniMed 13/09/2013 18:24

Je ne découvre ce post qu'aujourd'hui .. Mais un grand MERCI pour ce billet. Je m'y retrouve beaucoup : a près d'un an d'installation, les mêmes interrogations ... Et ça fait du bien de voir que
d'autres se posent les mêmes questions !

Donc MERCI, mais surtout CONTINUES d'être ce médecin (le blog aussi.. :p), avec toutes ces remises en questions qui te font avancer, mais petits à petits ...

Daishali 31/05/2013 08:41

J aime beaucoup ce blog, le ton change par rapport aux autres blogs "medecins", il a son identite propre et c est tres bien comme ca! Bonne ecriture, et sujets varies. J adore!

mezhoud 22/05/2013 12:53

Oui, c'est bien de le voir du côté du médecin.Notable affecté,amateur de tennis et de golf,avec un penderie remplie de polos Lac.... Non, merci,nous ne sommes pas ça

Giulia 29/03/2013 12:12

Ton billet me fait penser à l'expression "courir trois lièvres à la fois".
Malheureusement, en courant trois lièvres à la fois, on n'en attrape aucun.

Tu fais au mieux, avec les moyens que tu as et les capacités que tu as.

Mais certainement que tu te demandes et tu demandes à tes patients une liste longue comme le bras, avec des demandes toutes de même niveau.
Malheureusement, ça ne marche pas.
Tu ne peux pas exiger de toi-même ni de tes patients une perfection qui n'est pas de ce monde.

Tu as tes forces et tes faiblesses. Comme tout le monde.
Tu peux te tromper. Comme tout le monde.

Et très certainement que des demandes que tu as envers toi-même et envers tes patients, n'ont pas l'importance que tu accordes.

Centre-toi sur l'essentiel et laisse tomber l'accessoire.
Facile à énoncer, beaucoup moins à mettre en pratique, je te l'accorde.

Tes patients ne te demandent pas la perfection. Tes patients te demandent juste de te concentrer sur l'essentiel: faire de ton mieux, avec tes compétences et tes déficits.

Tes patients te demandent de séparer l'essentiel et l'accessoire.
Parce que les listes de demandes longues comme un jour sans pain ne marchent pas et ça ne tient pas dans la durée ; envers toi comme envers les autres.
Peut-être que tu peux abandonner certaines demandes sans que ta pratique de la médecine ne soit complètement remise en cause.
De la même façon que tu ne peux pas exiger à un homme opéré à coeur ouvert de courir un marathon le lendemain de son opération, il y a certaines demandes que tu ne peux pas formuler à un patient
donné parce que ces demandes ne sont pas réalistes.
Ces demandes seront réalistes un jour, ou pas, pour le patient donné.

Certes, les limites et obligations font partie de la relation de soin.
Mais certaines limites que tu imposes en général devront être retravaillées avec certains patients parce qu'en l'état, certains patients n'y arrivent pas même avec la meilleure volonté au
monde.
Je pense à l'agressivité ou un patient particulièrement impulsif, parfois incapable de gérer ses émotions même avec la meilleure volonté et les meilleures thérapies au monde. Il ne suffit pas
d'avoir de la volonté et un excellent traitement pour y arriver dans ces situations : ce serait tellement simple !

Je crois surtout que tu t'imposes trop de demandes envers toi-même et par effet de miroir, trop de demandes envers tes patients.
Je te perçois comme voulant être parfaite. C'est une course vaine.

Anerick 21/03/2013 04:46

Touchant ces mots. Il faut faire confiance à son ressenti, le malaise qui ressort dans votre écrit et les questions qui en découlent ne peuvent rester dans l'inabouti. Creusez, creusez, vous
trouverez les réponses à tout ça. L'idéal est de faire un break , j'veux dire un long break (pas évident je sais)pour prendre du recul, tête dans le guidon on voit pas toujours grand chose.

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