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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 18:57

J'ai eu des bébés pour les examens des 1er et 3eme mois.

« Sontipameunion »

 

J'ai eu des renouvellements pour des patientes, pour lesquelles j'en ai profité pour faire de la prévention et des frottis.

« Dites mois si je vous fais mal »

 

J'ai eu des renouvellements pour des patients allant bien, ayant perdu du poids, et ayant amélioré leur bilan biologique.

« Félicitations, vous pouvez être fier de vous »

 

J'ai eu une bronchite hypersécrétante qui était littéralement sur le cul de voir que j'avais regardé le dossier et que je savais donc qu'elle était diabétique.

« C'est mon métier quand même ^_^ »

 

J'ai eu une arthrite microcristalline douloureuse.

« Faut glacer, mais ça va rentrer rapidement dans l'ordre, courage »

 

J'ai eu des gastros en veux-tu en voilà

« Et on est d'accord, vous vous la gardez hein »

 

J'ai eu des toux sèches trainantes depuis plusieurs semaines.

« On va tout faire pour que ça rentre rapidement dans l'ordre, courage »

 

J'ai eu un malaise vagal d'il y a 3 jours, qui allait bien mieux.

« C'est très angoissant, mais c'est pas très grave »

 

J'ai vu des infections urinaires basses sans complication.

« Ca va vous améliorer vite, mais il faut beaucoup boire »

 

J'ai eu des patientes (beaucoup) venant pour leur suivi gynéco, dont une avec un gardnerella trainant depuis à priori plusieurs années.

« Vraiment, vous allez vous sentir beaucoup mieux rapidement (et sentir meilleur huhu) »

 

J'ai eu une annonce de grossesse chez une jeune femme en plein bilan d'infertilité.

« Vous allez aller faire les bilans, prendre rendez vous chez les gynécologues de l'hôpital. Félicitations ! »

 

Les journées comme hier sont encore trop rares à mon goût.

Des gens gentils, souriants.

Certains malades certes, mais pas énervés. OK, sauf celle qui est arrivée à la bourre et qui n'a pas supporté un coup de pied au cul refus de ma part.

Beaucoup en bonne santé, sans plainte particulière, avec qui je peux prendre le temps de faire de la prévention.

 

Et puis des bonnes nouvelles, et ça, ça fait du bien.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 18:39

8 femmes.

8 personnes exemplaires, pour qui je ressens parfois de la sympathie et toujours de l'admiration.

8 êtres humains qui me font percevoir les choses importantes dans la vie.

 

 

Je  la vois uniquement à domicile, et ce depuis mon installation. Elle est toujours souriante, toujours en train de rigoler, avec sa voix haut perchée.

Elle vit avec ses parents,  son frère et sa sœur, comme avant. Elle est revenue dans le cocon familial de manière définitive en avril, mais n'avait en réalité jamais bougé de chez eux depuis janvier.

Elle a un métier administratif, mais elle n'est plus vraiment capable de l'assumer, et a eu le mois dernier l'accord pour passer en invalidité à 80%.

Elle faisait des allers retours hebdomadaires à GranVille, dans l'hôpital spécialisé, mais ils ne la traitaient vraiment pas bien. Alors elle va maintenant à MoyenneVille, et ça semble se passer mieux.

Souvent, elle tousse. Parfois, elle a une bronchite. Ces derniers temps, elle a une éruption pas jolie sur les zones de frottement et de macération.

Quand je l'ai vue pour la dernière fois, avant de partir en congés, elle m'a dit "A l'année prochaine Docteur, enfin si je suis toujours là" avec un immense sourire.

Je ne sais pas comment je vais la trouver à mon retour, ni même si je vais la retrouver.

 

Elle a 42 ans, et un cancer du sein multimétastatique.

 

 

Son mari a un cancer cutané ET une leucémie lymphoïde chronique. Oui, il y en a qui n'ont pas de chance.

Il a un caractère particulier, pouvant passer d'une seconde à l'autre d'un mari tendre, aimant et attentionné  à un salaud insultant. Il est comme ça depuis toujours, mais encore plus depuis la reprise du cancer et la chirurgie des parotides.

Elle prend toujours tout avec le sourire, des annonces de rechute aux rendez vous de radiothérapie, en passant par les moqueries de son mari et les sautes d'humeur qui envoient tout vadinguer dans la maison.

Leurs 2 filles sont hyper présentes, et entourent bien leurs deux parents.

Je ne sais pas comment elle fait pour garder le moral, continuer à être avenante, ni comment elle peut penser à m'offrir des chocolats pour Noël.

 

Elle a 65 ans, et un mari très malade.

 

 

Elle est pomponnée à souhait, et vient toujours avec un sourire magnifique.

Elle a eu 2 enfants de son premier mari.

Il l'a plaquée au moment de la grossesse du second.

5 mois après l'accouchement, elle a été fauchée par un chauffard qui l'a laissée pour morte.

Elle est restée plusieurs jours (mois ?) dans le coma, a subi de multiples interventions, garde des séquelles au niveau sensitif et moteur sur la main dominante.

Des témoins ont permis de retrouver le chauffard, qui avait en fait été payé par l'ex mari pour la tuer.

Des années de combat en rééducation et en justice.

Plusieurs années après, ce qui semble compréhensible, elle garde encore des traces de cette histoire. Et pense que son compagnon actuel a honte de ce qui lui est arrivé.

Je lui ai fourni le soutien psychologique dont elle avait besoin pour reprendre un peu confiance en elle et comprendre que son compagnon n'a pas honte de cette histoire, mais imaginait simplement qu'en n'en parlant pas autour d'elle, la douleur s'atténuerait.

Elle continue à venir me voir pour le renouvellement de son antidépresseur. En souriant.

 

Elle a 49 ans, et un homme qu'elle avait aimé a tenté de la tuer.

 

 

Elle a mal au ventre. Tout le temps.

Pas de signes cliniques inquiétants, mais une douleur constante et handicapante.

Elle a donc subi une coloscopie. Diagnostic retenu : colopathie fonctionnelle. Son mal-être se manifeste donc par désordres intestinaux.

Elle a compris la maladie,  et saisit l'occasion pour rencontrer un infirmier psy au centre médico-psychologique de la ville.

En revenant me voir, elle m'explique avoir compris d'où venaient ces douleurs, qui finalement sont concomitantes avec des crises d'angoisse.

Et puis, c'est vrai, son frère s'est fait virer de chez lui par sa compagne, son père a fait récemment un AVC, sa mère est névrosée à n'en plus finir, elle n'a pas de boulot, pas de formation, et se prépare pour passer les concours de la fonction hospitalière.

Quelques mois plus tard, elle repasse et me dit avoir raté ses concours.

Mais il y a d'autres sessions bientôt, et elle se sent plus sereine, et finalement plus prête pour enfin réussir.

 

Elle a 28 ans, et sait maintenant qu'elle ne peut pas tenir sa famille à bout de bras .

 

 

Elle est trop fatiguée pour se déplacer.

Son ancien médecin allait la voir à domicile tous les 15 jours. C'est lui qui, en partant à la retraite, lui a conseillé de me prendre comme médecin traitant.

Elle n'a finalement pas tant d'antécédents que ça, des traitements inutiles qu'on supprime petit à petit.

Et puis, elle a fait une douleur thoracique, envoyée aux urgences par mon associé. Diagnostic : tritronculaire, redevable d'un traitement médical.

Elle a bien compris ce qu'on lui annonçait, a été totalement d'accord avec la prise en charge non invasive.

Mais elle voudrait pouvoir marcher dans son jardin comme avant. Ne plus sentir la douleur dans sa poitrine, ni l'essoufflement à la montée des escaliers. Mais elle remarque qu'elle dort beaucoup mieux.

On tente d'introduire des traitements pour soulager son cœur, mais elle ne tolère pas grand chose et a une tension limite.

Elle comprend qu'elle va mourir, mais veut retarder l'arrivée de la fin le plus possible, pour sa petite fille qu'elle a élevée et pour ses arrières petites filles qu'elle voit grandir.

 

Elle a 98 ans, et va bientôt mourir.

 

 

Elle vivait seule dans sa grande maison à TrouPauméLesOies.

Pendant l'été, pour pouvoir la surveiller, ses filles ont décidé de la faire venir à TrouPauméLaMarchande, histoire de la faire manger et boire.

Elle a bien supporté l'idée d'un séjour. Mais temporaire.

Malheureusement, elle a commencé par se casser le col du fémur. 1 mois de convalescence plus tard, elle ne marchait plus et était incontinente.

Puis elle a fait des épisodes de confusion, m'ayant laissé croire à un AVC. Transfert à l'hôpital, scanner, prise de sang : il n'y a pas d'AVC, retour à l'envoyeur.

La confusion bien entendu n'était pas réglée, et ho surprise, il y avait une hyponatrémie (diminution du taux de sodium dans le sang) à l'analyse biologique faite par l'hôpital. Ils m'avaient fait un courrier me conseillant de prescrire une supplémentation.

Elle arrachait les perfusions, refusait de s'alimenter. Après 2 passages aux urgences de 12 heures, elle a finalement été hospitalisée en gériatrie.

La natrémie est maintenant normalisée, après l'arrêt d'un médicament qui n'est pas connu pour donner des hyponatrémies et la prise de 6 g de sel par jour sous forme de gélules.

Aujourd'hui, grâce à l'aide de sa fille, elle est de nouveau elle, elle remarche, elle mange et fait des blagounettes quand je viens la voir : "Mais QUI êtes vous Madame ? Ahah, non, je blague Docteur".

Elle a accepté le fait de rester définitivement à TrouPauméLaMarchande.

 

Elle a 94 ans, et une force hors du commun.

 

 

Elle ne m'a jamais consultée.

En ce moment, elle a mal au ventre. Et des nausées. Et elle est fatiguée. Ah oui, et elle a un retard de règles de 2 semaines.

Elle ne prend pas de contraception, puisqu'elle ne supporte pas l'idée d'avoir un corps étranger en elle (donc pas de stérilet, ni d'implant) et ne tolère AUCUNE pilule en dehors de Diane 35 que personne, allez savoir pourquoi, ne veut lui prescrire.

Bien entendu, elle a des rapports. Elle tient même un calendrier (oui oui). Mais les rapports sont non protégés. Mais les partenaires sont fiables. Oui, LES partenaires.

Elle a déjà compris qu'elle était enceinte, mais veut l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre. Et de préférence pas son médecin habituel, qu'elle pense moraliste.

La grossesse n'est pas désirée, pas programmée. Elle a déjà 2 enfants. De 2 pères différents. Et pas de travail. Mais il n'est pas question de stopper cette grossesse, alors elle assumera.

Elle repartira avec sa prise de sang, son acide folique, et un rendez vous à mon retour.

 

Elle a 22 ans, et dans 9 mois elle enfantera à nouveau.

 

 

Je ne la connais pas. Enfin pas de manière réelle. Mais je pense la connaître un peu de manière virtuelle. Je pense même qu'on pourrait devenir de bonnes amies si on habitait à côté.

Elle est toujours drôle, toujours souriante, toujours à blaguer. Très branchée bagatelle. Et très spontanée.

Elle a un compagnon, et un fils adorable.

Elle a subi une intervention chirurgicale il y a quelques mois, et a probablement un peu de mal à s'en remettre, même si elle répond toujours "tout va bien !".

Je ne pense pas qu'elle soit heureuse dans sa vie actuelle. Je pense qu'elle s'est laissée enfermer dans une relation de couple non gratifiante, avec à priori un homme violent (même si elle ne le dit pas ouvertement).

Mais elle sourit de nouveau. Elle a rencontré l'homme de sa vie, et elle est certaine d'être heureuse avec lui. Je ne l'ai jamais vue (lue) aussi joyeuse.

Cependant, son compagnon actuel a tout découvert. Et il ne prend pas la chose particulièrement sereinement. Les coups pleuvent, et même si elle se veut rassurante dans ses messages, je sens bien la peur qu'elle ressent. Elle ne peut pas partir maintenant, elle serait complètement à la rue, sans famille, et avec personne pour l'accueillir.

Dans maintenant 3 jours, elle est censée retrouver son amour et rester avec lui de manière définitive. Si son actuel compagnon la laisse partir.

 

Je ne sais pas quel âge elle a, et j'ai peur pour elle.

 

 

 

 

 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 12:19

« J'ai des boutons en bas, ça me démange. »

En bas de quoi, de chez vous ?

 

« J'arrive plus à m'asseoir, j'ai trop mal. »

Mais tu as mal OÙ précisément ??

 

« Mes gammaGT augmentées, ça peut être du à quoi ? Parce que j'ai vu sur internet... »

Et bien si tu sais déjà, pourquoi tu me poses la question ?

 

« Vous pourriez dire à ma mère de ne plus utiliser le gaz chez elle ? »

Heu...

 

« Vous pourriez dire à mon fils qu'il faut qu'il arrête de sécher les cours ? »

Heu...

 

« Vous pouvez appeler la dermatologue pour qu'elle me reçoive plus vite ? »

Non, il n'y a pas d'urgence vitale à vous faire enlever ces boules de graisse non.

 

« Et pourquoi l'épreuve d'effort elle me serait pas remboursée ? »

Parce que faire du sport, ce n'est pas être malade. En tous cas, pas du coeur. De la tête, je dis pas.

 

« Ah, oui, c'est ce que m'a dit le cardiologue aussi. »

Tu cherches à me tester ou tu n'as VRAIMENT pas confiance dans ton cardiologue ?

 

« Docteur, aujourd'hui, je viens pour PLEIN de raisons. »

Et moi je crois que je vais partir tiens.

 

« Et la pneumonie/l'angine/l'infection urinaire ça vient de quoi ? »

Pfff. Voilà.

 

« Je voudrais commencer à diminuer mon antidépresseur. {…}. C'est vrai qu'en ce moment, ça va pas très fort quand même. »

Attends. Tu vas faire le lien du pourquoi de mon refus.

 

« Et alors le spécialiste, il m'a dit que j'avais un problème avec ma thyroïde, mais j'ai pas osé dire que j'avais pas compris »

On reprend.

 

« J'ai mal aux côtes, ça m'empêche de respirer. Comme si elles étaient cassées. Et puis j'ai mal au ventre aussi. Et puis, j'ai pas le moral, je pleure tout le temps en ce moment. Au boulot ça va pas du tout. »

Viens, assieds toi, on va parler.

 

« Bonjour, je suis une nouvelle patiente. Je suis infirmière. Mon principal antécédent est une insuffisance surrénalienne chronique que je traite moi même »

Triple peine.

 

« Je ne m'occupe pas bien de ma santé. J'ai fait des analyses récemment avec mon docteur de mon ancienne ville, mais j'ai déménagé, donc tenez. Et pis j'ai mal mal à mon estomac, ca ne se calme que quand je mange. »

Insuffisance thyroidienne. Diabète. Dyslipidémie avec 7g de triglycérides. Cytolyse hépatique. Et ulcère gastrique donc.

On n'a pas le cul sorti des ronces.

 

 

 

 

 

 

« Tu dis pas au revoir au Docteur ? »

Smack Smack.

Voilà voilàààààà !

 

 

 

 

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 10:39

Ma plus grosse crainte dans ce métier (dans ma vie aussi oui, ça va hein), c'est de ne pas être appréciée. De me tromper. De faire des erreurs.

 

C'est ballot, j'aurais pas du choisir ce métier.

Le truc, c'est que quand on est jeune, on est pas franchement conscient des implications des choses, des conséquences de ses choix...

 

Du coup, mon inconscient me crie dessus régulièrement.

A coup de cauchemars.

 

A propos d'erreurs diagnostiques.

J'ai pas pensé à l'ischémie mésentérique, au milieu de toutes ces gastro, pour Mr PolyVasculaire.

Et si c'était une méningite et pas une virose banale chez l'enfant JaiDeLaFièvre.

 

A propos d'erreurs thérapeutiques.

J'ai pensé à vérifier les interactions médicamenteuses ? (je vérifie jamais).

Et Mme PolyPourrie, j'ai diminué la dose des médocs, avec son insuffisance rénale ? Oui ? Oui.

 

A propos de prescriptions oubliées.

Pour Mme DépressiveIdéesNoires à qui j'ai introduit dans la soirée un antidépresseur (merde, j'ai pas mis l'anxiolytique. Si ? Non... Ah ben si en fait).

 

Et puis cet inconscient, quand il a rien de particulier à se rappeler, et bien il invente mesdames et messieurs.

Il invente la pire consultation au monde. Celle qui fait flipper tous les médecins, je pense. La consultation catastrophe qui tourne au drame.

Voici donc mon cauchemar de cette nuit même.

 

J'arrive au cabinet, et SecrétaireChérie me dit que j'ai une consultation avec une patiente de DrGéant.

Je vois la dame dans la salle d'attente, avec ses 2 gamins.

Je lui dis que je vais installer le cabinet, et en rentrant dans mon bureau pour mettre le drap d'examen, elle est DEJA sur la table d'examen (oui, c'est un rêve...).

Ses gamins entrent en hurlant dans le cabinet. Puis son mari arrive.

Elle me dit qu'elle vient parce qu'elle trouve qu'elle perd trop ses cheveux (Et ça, en médecine générale, on aime pas parce qu'on sait pas trop quoi faire).

Et puis tout part en vrille.

Les momes font n'importe quoi, avec l'approbation des parents. Touchent les instruments médicaux. Touchent le matériel informatique. DEPLACENT le matériel informatique valant une fortune.

Le temps d'examiner la patiente, mon écran d'ordinateur a disparu, mon sac à main a disparu et mon cabinet ressemble à un champ de carottes après le passage de l'armée de Sauron.

 

Déjà, tout ça est très flippant.

 

Mais là je pète les plombs. Je hurle sur les gamins, je les attrape sous le bras pour les mettre au coin, ils n'y restent pas.

Ils essaient de me taper, mais comme je suis plus grande je les rattrape sous le bras avec une furieuse envie de les mordre au sang, je les jette dans les bras du père.

Et puis je me mets à pleurer.

Je hurle qu'ils n'ont pas le droit de ne pas respecter mon travail, de ne pas me respecter MOI.

Que l'ordinateur est MON outil de travail, que si je lui enlève ses chaussures par exemple, au père, il ne pourra plus travailler lui non plus, et qu'ils viennent de me faire la même chose.

Et au final, je pars en sanglotant.

 

Ca c'est le plus flippant.

Craquer.

Ne pas pouvoir rester zen face à toute provocation. Péter les plombs et insulter les patients. Les frapper.

 

Je suis humaine, avec une pointe de sensiblerie non négligeable, et la larme facile.

J'ai peur qu'un jour je me laisse déborder par mes émotions.

 

Même si dans les conditions de cette consultation là, ça peut éventuellement se comprendre.

 

Putain d'angoisse.

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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 17:04

J'aime mon métier.

Je l'adore.

 

Mais il y a des jours ou non, ce n'est pas possible. Me lever devient une terrible corvée, voir les patients est à la limite de l'insoutenable.

 

C'est généralement les lendemains de garde, quand je suis exténuée, surtout quand la garde a été difficile ou mal régulée.

C'est toujours ce jour là qu'il y a plein de consultation et plein de visites à domicile.

Et le plus souvent, j'ai en plus une migraine de folie.

 

Je ne sais pas comment j'arrive, ces jours-là, à tenir debout, à garder les yeux ouverts. C'est pas pour mes associés, ça non. C'est pas pour SuperSecrétaire non plus.

Ce n'est clairement pas pour les patients qui ont toujours décidé de venir pour leur rhino J1 ou leurs douleurs arthrosiques datant de 10 ans minimum. Ou pour des papiers que je ne sais pas remplir.

 

Je ne tiens pas non plus pour moi, parce que moi, je rêve juste d'un bon feu de cheminée, d'une couette, d'un fond sonore doux et d'un ronronnement sur le ventre.

 

Je tiens peut-être pour TeddyBear, pour qu'il soit fier de moi.

Probablement même.

 

Comme toujours.

C'est toujours lui qui m'a permis d'avancer.

Pour trouver dans ses yeux la joie, la fierté, au-delà de l'amour.

 

Mes études de médecine ont été, sincèrement, les pires années de ma vie.

 

J'ai détesté le mode d'apprentissage abrutissant, la somme astronomique de données à retenir par cœur pour les recracher mot pour mot aux examens, sans aucune réfl-exion personnelle.

Puis le bachotage des mots clés pour la préparation à l'ENC (examen national classant, grand concours annuel regroupant tous les externes de dernière année de France : le plus fort, 1er classé, choisira la spécialité qu'il souhaite à l'endroit qu'il souhaite, le dernier prend, en gros, ce qu'il reste).

Ces examens mettent une pression intense, parce que même si tu sais prendre en charge le patient décrit dans l'exercice, si tu ne mets pas le « mot clé » mais un mot ou une expression synonyme, et bien tu n'as pas les points. Et tu es rétrogradé dans le classement.

 

Et j'ai aussi détesté les stages.

 

Mais quelle idée de faire faire des stages en CHU à des gamins de 20 ans ?

Ah bien entendu, ça permet de ne pas embaucher des intérimaires pour faire le classement/recopiage de résultats/sale boulot.

 

Je n'ai connu, en 4 années de stages d'externat (les stages durant 3 mois) que 2 stages pendant lesquels j'ai appris à pratiquer de la médecine. 6 mois au total. En 4 ans.

Extraordinaire.

Je sais que ce n'est pas le cas dans toutes les facs, que je ne me suis peut-être pas assez investie dans mes différents stages. Mais quand même.

Quand en chirurgie on vous dit « Les externes, vous ne descendez pas au bloc »...

Quand en rhumato, votre mission est de « Recopier les résultats du logiciel informatique sur les grandes feuilles A3 que voilà »...

Ça motive moyennement pour l'investissement personnel dans l'activité médicale du service. Vu que t'es pris pour une secrétaire par tout le monde.

 

De nombreuses fois, j'ai craqué sous la pression, avec moult pleurs et sanglots. J'ai pensé sérieusement à stopper net cette carrière ridicule.

 

 

Mais c'est toujours TeddyBear qui m'a regonflée, qui m'a soutenue, en me disant que j'en était capable, que le stage suivant serait plus intéressant, mieux encadré. Et qu'après, je pourrais faire ce que j'aime.

 

Oui, mais, et si ça ne me plait pas finalement, il se passe quoi ?

Je jette 10 ans d'étude à la « poubelle » ? Je deviens caissière dans un supermarché ? Je vends des chocolatines ?

 

Et c'est toujours TeddyBear qui m'a proposé de continuer, d'en terminer avec cette formation, pour ne rien regretter, et que si par malheur, ça ne me plaisait finalement pas, je trouverais bien autre chose, qu'on y réfléchirait à 2.

Mais que quand même, il était certain que ça me plairait et que les patients m'apprécieraient parce que je savais écouter.

 

 

 

 

Alors oui, si les jours où j'ai envie de tout envoyer balader, de claquer la porte et de partir avec ma caisse vers un aéroport international, direction Bali avec ticket aller simple, je ne le fais pas, c'est pour lui.

 

Pour qu'il ne m'ait pas supportée, dans tous les sens du terme, pour rien.

Parce que je l'aime.

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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 08:46

L'empathie, c'est une qualité de chiotte. Mais bon, c'est une qualité quand même.

Un psy a dit un jour « Attention à ce que votre empathie ne devienne pas de la sympathie ».

J'essaie d'appliquer ce précepte tous les jours, et parfois c'est difficile.

 

Je pensais avoir beaucoup progressé.

J'AI beaucoup progressé.

Mais pas autant que je l'aurais espéré.

 

Je croyais ne plus pouvoir me laisser envahir par la peine des autres. Ne plus m'identifier à leur situation et du coup ne plus en souffrir.

Et bien QUE NENNI.

 

A peine montée dans la voiture, que dis-je, à peine au courant du décès de MrPlaieVivante, je savais que j'allais m'effondrer.

Je le connais depuis avant mon installation.

Je remplaçais leur médecin habituel, et quand je me suis installée, ils m'ont suivie.

On s'entendait bien, MrPlaieVivante et moi, on se tiscagnait à chaque fois que j'y passais, avec moult clins d'oeil.

Et elle me racontait invariablement le menu précédent et la java faite la nuit par MrPlaieVivante (bim, clin d'oeil du concerné).

 

Mes premières visites étaient pour les renouvellements.

Puis il y a eu un petit AIT, avec refus d'hospitalisation par la famille.

 

Puis une rétention aigüe d'urine, ayant nécessité une hospitalisation courte.

Au retour, le fauteuil roulant a été obligatoire.

 

Puis une occlusion, ayant nécessité une hospitalisation longue, mal supportée par le patient, avec un refus d'alimentation et une dégradation monstrueuse de l'état cutané.

On a donc fait un retour à domicile, avec passage d'infirmières 2 fois par jour pour le lever et le coucher et les soins de pansement. Et pour la toilette.

 

Vu le caractère matriarcal de MmePlaieVivante, j'ai eu toutes les peines du monde à faire rester les infirmières. Chacun a fait des concessions et on a continué. Je prescrivais des pansements, les infirmières faisaient ce qu'elles voulaient (mais pas ce que je prescrivais).

J'en ai eu marre et j'ai envoyé à la consultation des plaies. On a eu des protocoles écrits pour que les infirmières arrêtent de faire tout et surtout n'importe quoi (je ne critique pas les IDE libérales en général, bien au contraire. Mais là, elles ont vraiment abusé).

Les plaies ont finalement cicatrisé en environ 10 mois.

 

Les kinés le faisaient marcher un peu, aux barres parallèles. J'espérais vraiment qu'il puisse remarcher avec un déambulateur, une foisque les plaies ont été guéries.

 

Et puis vlam, l'AVC massif. Vu comment s'était passée la dernière hospitalisation, la famille a refusé le transport à l'hôpital.

J'ai expliqué longuement à MmePlaieVivante que ça n'allait pas s'améliorer, qu'on ne pourrait pas remonter cette pente là.

Je n'ai peut-être pas pris le temps nécessaire. Je n'ai peut-être pas utilisé les mots adéquats. Je n'ai pas prononcé le mot « mourir », je l'avoue. Et probablement que j'aurais du. Je le saurais pour la prochaine fois.

J'ai prescris les soins de confort et je suis partie.

 

Hier matin, il est décédé, dans son sommeil et dans celui de sa femme. Sans souffrance, sans plainte, calmement.

Je me suis précipitée chez eux, en tentant de me préparer à la rencontre dans la voiture.

 

Quand je suis arrivée, je suis rentrée comme chez moi, je n'ai pas sonné comme d'habitude, je n'ai pas attendu qu'on vienne m'ouvrir.

 

Et elle m'a serrée dans ses bras et a sangloté contre moi.

Elle m'a demandé ce qu'elle allait faire maintenant qu'elle était toute seule.

Et son angoisse m'a envahie.

 

Et qu'est ce que je ferais si un jour TeddyBear venait à mourir ?

Comment je pourrais survivre à un tel cataclysme dans ma vie ?

Comment tenir face à la solitude, face à la certitude de ne jamais pouvoir recroiser son regard et son sourire, de ne jamais sentir son odeur et de ne plus pouvoir me lover dans ses bras ?

Comment peut-on vivre après ça ?

 

Je n'en ai aucune idée, elle non plus. Et c'est ça qui est le plus effrayant, selon moi, dans le décès d'un proche.

Le fait de rester, de n'être pas parti en même temps.

 

 

 

J'y suis repassée hier, voir MmePlaieVivante. Elle a parlé environ 1 heure, de souvenirs principalement, de ses enfants, de son métier.

J'ai quand même réussi à glisser qu'après s'être occupé de tout le monde, elle allait maintenant devoir s'occuper d'elle, qu'il fallait s'y préparer, et qu'il faudrait faire des choix en fonction de ses envies à elle, et plus en fonction des envies de son mari ou de ses enfants.

Et mine de rien, quand elle m'a dit qu'elle n'avait jamais fait ça et que ça lui faisait un peu peur, et bien je l'ai totalement comprise.

 

Je n'ai pas progressé autant que je l'aurais espéré.

Mais je sais maintenant prendre le recul nécessaire pour comprendre pourquoi et comment je peux me laisser embarquer dans ce genre de situation.

 

Empathie, quand tu nous tiens...

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15 octobre 2012 1 15 /10 /octobre /2012 14:29

Je suis dans la voiture, en direction de GrandeVille où j'ai grandi.

Ce trajet me fait revenir chez moi, mais aussi remonter dans le temps, mon esprit vagabonde.

 

Le soleil se couche sur ma droite, avec cette couleur particulière au mois d'Octobre, rose-orangée que j'aime tant.

Les nuages sont bas mais de forme allongée, me donnant une impression de tranquillité.

Ca me donne une sensation mélancolique, comme si on était en bord d'océan hors saison.

 

Je pense à la chanson de Cabrel du même nom, qui elle aussi me renvoie une espèce de mélancolie facilement identifiable, autant par les paroles que par la mélodie des instruments et de la voix de Francis.

 

Je pense au feu de cheminée. À ce bruit typique de craquement du bois, à cette odeur. Et à cette sensation de chaleur douce sur le devant, et de froid piquant sur le derrière. A la position allongée sur la tapis, sur le ventre, pour regarder la télé ou pour lire, les parents sur le canapé, le chat contre moi.

Et aussi aux marrons cuits sous la braise.

 

Les champs sont coupés ras à cette époque-ci.

Ca me fait penser aux 40 ans de mon frère, l'année dernière, dans les Pyrénées, où il faisait très froid mais où nous avons pu profiter de ma nouvelle belle sœur et de son ventre rond, des bains d'eau chaude remplis d'espagnols. J'aime sortir sous la neige avec les cheveux mouillés mais avec plein de chaleur dans le cœur.

 

Mes pensées vagabondent jusqu'aux Noëls quand j'étais petite. On s'habillait comme pour une grande réception, avec des tenus achetées exprès, brillantes.

Nous mettions la table ronde devant la cheminée, un vinyl sur la platine, et on préparait le repas tous ensemble.

 

Et je repense aussi aux dimanches soirs, et aux soirées sandwich préparés par maman. Œufs mimosas, rillettes, saucisse sèche, jambon. On grignotait devant le film sponsorisés par je ne sais plus quelle marque de VHS, avec un caméléon.

 

Et puis les missions au célèbre restaurant de hamburgers tenu par un clown, pour récupérer les pin's (oui mesdames et messieurs, des PIN'S) illustrant la chanson Black and White de Michael Jackson sortie à ce moment-là. Je me rappelle parfaitement de la célèbre place russe.

 

Et je repense aux journées passées au ski avec papa. Deux fois par saison, on prenait la voiture tôt le dimanche matin, avec du Chicago en fond sonore.

On montait jusqu'au pied de la station, on louait les skis. On achetait de quoi pique niquer à Ax Les Thermes, puis on montait à la station.

Et on mangeait au soleil, le cul sur la neige.

 

L'hiver, c'est nul parce qu'il y a peu de lumière, les journées sont courtes et il fait froid.

Mais les sensations sont intenses, elles s'ancrent dans ma mémoire.

Je pense avoir plus de souvenirs agréables de cette saison que de toutes les autres réunies.

 

Et chaque année, j'ai hâte qu'elle revienne.

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:29

Question philosophique à mort.

Je suis pas philosophe. Je ne l'ai jamais été.

 

Je n'ai jamais réfléchi à rien, je commence à le faire depuis l'ouverture de mon blog.

Oui je vois vous venir, avec vos grands mots « CommEENT , mais ce n'est pas poSSIIIble ».

Ben si. C'est possible.

 

Petite, je jouais souvent seule. Pas que j'en ai souffert, soyons clairs. C'était super cool.

 

On dit que s'ennuyer, ça permet de développer l'imaginaire.

Et ben moi je m'ennuyais jamais.

Mes parents du coup m'offraient des jeux éducatifs à faire seule.

Je faisais des puzzles.

J'écoutais de la musique.

Je lisais beaucoup.

Zéro ennui, même si c'était pas vraiment une jeunesse éclatante de joie et de vitalité non plus.

 

Alors le manque d'imagination, ça pose des problèmes hein.

Répondre à une question ouverte devient hyper difficile, trouver des liens entre plusieurs événements est difficile.

Tenir une conversation est difficile.

Réfléchir sur soi est difficile.

Voire une torture.

 

Certains pourront vous confirmer mes dires. Quand je ne fais rien (ce qui est de plus en plus fréquent), et bien je ne pense pas. Non. Je chante. Dans ma tête. Je me repasse des chansons, des musiques, je fais tous les instruments, je tape le tempo en contractant la cuisse droite (la gauche garde moins bien la cadence), histoire de rester discrète.

 

En fait, je n'en ai vraiment parler qu'à TeddyBear. Lui il comprend pas et me dit que c'est pas normal. Lui réfléchit en non stop, à tout, à rien, à du sport, à la vie, à la retraite, à la famille, à des films, s'invente des histoires de super héros, s'imagine en sauveur de la veuve et de l'orphelin.

En non stop.

Mon Dieu que ce doit être fatigant.

Jamais un moment de répit, jamais un moment de repos dans sa tête.

 

Et pourtant.

Pourtant, au moment où j'ai commencé à péter les plombs et où j'ai débuté ma psychothérapie, je pense que c'est mon esprit qui essayait de me dire « RÉVEILLE TOI BORDEL ».

Et comme je comprenais pas du tout de quoi il s'agissait, j'ai cherché des échappatoires : j'ai développé une hyperactivité physique. Ménage, courses, préparation des repas, rangement, préparation de l'association, rendez vous par milliers.

 

Et dire que je trouvais que TeddyBear fou de ne jamais permettre à son esprit de se reposer...

En fait, je faisais exactement la même chose, mais de manière inconsciente. Avec un but différent du sien : ne jamais avoir la possibilité de réfléchir à ce qui ne tournait pas rond.

 

J'ai mis le doigt dessus avec ma psy.

Elle est maligne parce qu'à chaque fois, elle pose une question tout bête, toute anodine. Et BIM.

Je fais l'association d'idées et je tombe dessus, naïvement, de manière toujours très étonnée.

 

Pourquoi je fais autant de choses ?

Pourquoi je cherche autant à aider les autres ?

A me rendre indispensable ?

 

Et ben voilà, pour ÊTRE indispensable.

Pour qu'on m'abandonne pas.

 

C'est con cette peur de l'abandon. Je pensais pas en être victime.

Mais en fait si, immensément même.

 

Faut que je travaille là dessus sérieusement.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:54

D'aussi loin que je me souvienne...

 

On écoutait de la musique à la maison. De la musique classique avec mes parents, mais pas que.

Mes parents, ils étaient « in », mon père avait été dans un groupe qui a enregistré un vinyl.

Donc en vrac, on écoutait

 

Bribes d'enfance, bouts de scène...

 

Ma culture musicale me vient ensuite de mon frère.

La bonne musique des années 70, 80 et 90 dans toute sa splendeur, écoutée en cachette le soir en entrouvrant la porte de sa chambre pour m'endormir en rythme.

Il y avait

 

Nous n'étions pas très bavards...

 

Ma sœur écoutait de la musique à la mode à cette époque là, et je ne suis pas peu fière de connaître et de chanter avec le sourire à chaque fois

 

Et moi je n'étais pas comme eux...

 

Finalement, en mélangeant tout ça, toutes ces influences musicales, je me suis forgé ma propre culture, faite de vieux, de moins vieux, de récent ressemblant à du vieux.

 

Ca ne s'arreterait jamais si je me laissais emporter à vous faire écouter tout mon univers.

Mais ca représente assez bien mon état d'esprit et mes humeurs. Des artistes souvent auteurs compositeurs, des vrais musiciens, qui se donnent dans leur musique.

Des musiques alternant les rythmes, du parfois violent, du parfois calme ou triste.

 

Tout ça c'est moi.

 

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 09:00

 

Médecine générale 2.0

Les propositions des médecins généralistes blogueurs

pour faire renaître la médecine générale

 

 

 

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

 

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

 

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

 

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

 

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

 

Nous pensons que c’est possible.

 

 

Sortir du modèle centré sur l’hôpital

 

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

 

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

 

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

 

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

 

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :

-        Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.

-        Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.

-        Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

 

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

 

Cette réforme aura un double effet :

-        Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.

-        Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

 

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

 

 

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

 

 

Idées-forces

 

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

 

Elles sont applicables rapidement.

 

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

 

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

 

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

 

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

 

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

 

Le chiffre paraît énorme, et pourtant... Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000  m2. Coût 900 €/m2).

 

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

 

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

 

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie...). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

 

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

 

2) L’université dans la ville

 

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

 

·                     Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.

 

·                     De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

 

·                     Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.

 

·                     De médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

 

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

 

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester ?

 

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

 

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

 

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

 

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

 

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

 

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération.

De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus. 

 

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

 

 

 

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale. 

 

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

 

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

 

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

 

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt :

— Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…).

— Gestion des ressources humaines.

— Interfaçage avec les tutelles universitaires

— Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional

— Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

 

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

 

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

 

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

 

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.[1]

 

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

 

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

 

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

 

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives !

Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

 

 

Aspects financiers : un budget très raisonnable

 

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

 

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

 

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vison à long terme.

 

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des  autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

 

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

 

 

Le reclassement des visiteurs médicaux

 

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI.

En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire de un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale.

Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville.

Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

 

 

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant. 

 

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

 

 

Calendrier

 

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans.

Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

 

 

Et quoi d’autre ?

 

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

 

·                     L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.

·                     La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).

·                     La nécessaire diversification des modes de rémunération.

Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages –, il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :

— Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.

— Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.

— Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.

·                     La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.

·                     La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens.

D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent !

 

 

 

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

 

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.

 

 

 

 AliceRedSparrowBorée - Bruit des sabotsChristian Lehmann – Doc Maman

Doc SouristineDoc BulleDocteur MilieDocteur VDominique Dupagne

Dr CouineDr FoulardDr Sachs JrDr StéphaneDzb17EuphraiseFarfadoc

FluoretteGéluleGenou des AlpagesGranadilleJaddoMatthieu CalafioreYem 

  

 



[1] À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l'équivalent de 2 ou 2,5 heures d'emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces "tickets" en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).

 

 

 

Adresse de centralisation des soutiens à ces propositions


http://www.atoute.org/n/Medecine-Generale-2-0.html


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