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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 09:00

J'ai toujours eu l'impression, tout au long de ma trop longue formation, que finalement, elle n'était que très peu adaptée à mes envies professionnelles.

J'ai toujours voulu faire de la médecine générale dans une petite ville, en libéral. Etre un médecin de famille, comme celui que j'allais voir quand j'étais petite !

 

 

Mais moi, une rhino, en débutant, je savais pas soigner.

Je savais par contre qu'une rhino, ben ca pouvait aussi être un début de méningite, de sphénoidite ou d'autres trucs hyper graves, hyper mortels...mais hyper rares.

 

Pareil pour les douleurs abdominales. De temps en temps, je me dis que, au mon Dieu, j'ai pas pensé que ça pouvait être une ischémie mésentérique !! Ouais mais bon, l'ischémie, ca te tombe pas dessus tous les 4 matins non plus.

 

Par contre, soyons clairs,  je sais toujours pas soigner les rhinos hein, pas la peine de faire la queue devant ma porte. Mais je sais rendre l'attente de la guérison spontanée moins désagréable.

Et ce ne sont ni la Fac ni le CHU qui m'ont appris ça.

 

 

J'ai cherché des cours de type "Comment s'installer en pratique", "Comment monter une SCM".

Et je vous jure que le jour où il a fallu que je gère tout ça...et bien ils m'ont terriblement manqué ces cours.

 

 

Pas de cours non plus sur "Comment gérer les tiers payants en libéral", "Comment tenir une comptabilité en libéral".

Obligée de prendre une comptable (que je chéris au vu de l'économie d'impôts) et de me dépatouiller seule avec mes actes non payés par les caisses.

 

 

Rien non plus à propos de la gestion d'employés.

  •  Ah bon, faut trouver quelqu'un pour s'occuper des fiches de paye ?
  •  Aaaaah oui, faut un contrat oui.
  • Heu... C'est quoi ces trucs qu'on n'a pas payés ? C'est quoi les cotisations patronales des employés ? Aaaaaah, on nous envoie pas de facture en faiiiit ?

 

Et puis les visiteurs médicaux, que tu reçois par politesse au début (comme tu le faisais à l'hôpital d'ailleurs), puis parce qu'ils te remplissent gratuitement l'estomac, et puis finalement, tu ne sais plus pourquoi.

Sauf que tu te rends compte que, bizarrement, cette semaine, t'as prescrit pas mal de son produit, là, à celui qui t'as payé le resto lundi midi...

 

 

Et il y a 2 semaines, des gens formidables m'invitent à rentrer dans leur groupe.

 

Ils proposent des idées innovantes pour refondre la formation de la filière de Médecine Générale, tout en permettant de lutter contre les déserts médicaux qui font l'objet de tant de discussions, parmi les politiques, mais surtout parmi les patients.

 

Et ils me proposent de donner mon avis, de partager leurs discussions, et de diffuser le tout ?

J'avais l'impression de rêver.

 

Bon, moi, je sais bien râler (voir plus haut), mais j'ai peu d'idées.

Heureusement, les leurs, elles sont TRES TRES intelligentes.

 

Vous trouverez donc,à la suite de ce loooong post de râlerie les idées proposées par notre groupe MédGé_2.0, la liste des blogs faisant partie de ce groupe et soutenant l'opération, la possibilité de charger le texte en format PDF pour le lire tranquilou dans votre lit, ainsi qu'un lien vers le site atoute.org qui permettra de centraliser les soutiens.

 

Il me tarde de lire vos réactions sur mon blog et de pouvoir en discuter avec vous tous, cher lecteurs/râleurs que j'aime tant !

 

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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 17:34

La planète évolue.

L'humanité évolue.

La société évolue.

Sachez que le médecin évolue aussi.

 

Il y a quelques années, quand j'étais petite, le médecin, c'était celui que tu appelais quand t'étais malade, celui à qui tu donnais du « Docteur » à chaque fin de phrase.

Tu trouvais que c'était quelqu'un de droit, d'honnête et d'intègre.

Ca avait la classe ! Ca avait des chouettes bagnoles, des chouettes costards.

Ah, et c'était des mecs aussi.

 

 

Aujourd'hui, un docteur, ca a évolué.

 

Aujourd'hui, tu l'appelles pas forcément quand t'es malade.

 

Ca peut être quand tu te sens seul.

« Et puis mes enfants, ils viennent pas me voir Docteur, c'est dur vous savez ». Certes.

 

Quand tu t'embêtes chez toi.

« Je me suis dit que ça vous ferais faire une balade ».Sérieusement ? Ah, c'était une blague ? Bof bof l'humour...

 

Quand tu veux faire une blague.

« Bonjour, je voudrais réserver une chambre pour ce soir ». Ca va être très cher et pas très confortable.

 

Quand tu n'as pas d'autorité sur tes enfants.

« Mais Docteur, il a 27 ans et il refuse de faire cette prise de sang ». Damned. Appelez les gendarmes que diable.

 

Quand tu es en conflit avec un membre de ta famille.

« Vous comprenez, mon père, il gère ça n'importe comment, alors que maman elle a besoin d'une maison de retraite, mais il veut rien entendre, alors faut les raisonner hein ». Ils prennent leurs décisions quand même, à leur âge, non ?

 

Bon, et puis aujourd'hui un docteur, c'est juste quelqu'un d'attiré par l'argent.

 

« Ca se plaint et regarde les bagnoles que ça se pait ». Une 206. 10 ans d'âge. Rayée cabossée de manière hyper artistique. Elle vaut de l'or.

 

« Ralala, ca fait payer une consultation pour chacun, même quand on est 3 ». MAIS, en revanche, ça ne fait pas payer toutes les ordonnances faites par téléphone. Oui, je sais, c'est mal.

 

« Il m'a prescrit ce médicament, là, dont on parle à la TV. Tout ça parce qu'il a été payé par un laboratoire grassement alors qu'il SAVAIT que c'était mauvais ! ». Mal informé, éventuellement. Mais payé ? En stylos et post-it ? Chuis super influençable donc.

 

« Houlala, ça refuse de s'installer en campagne, tout se perd quand même. Le sacerdoce n'est plus ce qu'il était ma bonne dame ». Idem pour l'Etat, qui ne laisse plus d'école/de poste/de services municipaux.

 

 

Mais bon, l'histoire des déserts médicaux, c'est aussi à cause de la féminisation de la profession, c'est bien connu.

 

« Parce qu'une femme, CA FAIT DES ENFANTS ». Oh mon Dieu !

 

« Parce qu'une femme, CA FATIGUE PLUS VITE ». Et c'est plus patient. Ca pourrait te servir.

 

« Parce qu'une femme, C'EST MOINS EFFICACE ». Chériiii, tu feras le repassage la prochaine fois ? On m'a dit que j'étais moins efficace que toi. ^^

 

 

En attendant, Mesdames et Messieurs les patients, par rapport à il y a quelques années :

 

  • nous sommes moins influencés par les laboratoires pharmaceutiques

  • nous tentons de prescrire uniquement les médicaments indispensables

  • notre « salaire » n'a été que peu revalorisé alors que le salaire minimum augmente de manière quasi annuelle

  • nous prenons plus de temps pour vous écouter et vous faire participer à votre santé.

 

Ceci, dit on peut aussi revenir en arrière. Et puis ressortir les silex pour l'hiver.

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 17:17

Les enfants, j'aime pas ça. Enfin, si, c'est mignon.

Mais 2 minutes.

 

Bizarrement, quand j'étais ado, j'en voulais absolument, très rapidement, et beaucoup.

Ou au moins un quoi, histoire de m'occuper. De manière égoïste. Pour avoir un truc à moi. Que les copines n'auraient pas.

Surtout pour avoir quelque chose, enfin quelqu'un, qui ne me laisserait pas.

 

J'ai rencontré mon Cher et Tendre, à la fac, j'avais 18 ans. Lui n'en voulait pas du tout, jamais ô grand jamais.

J'ai dit OK, j'attendrais un peu et pis je le convaincrais.

Finalement, c'est lui qui m'a convaincue !

 

Il m'a permis de comprendre qu'un enfant, c'est pas un jouet, ça prend du temps, de l'énergie (BEAUCOUP d'énergie).

Qu'on fait un enfant pour lui, pas pour soi. Pour permettre à un être de grandir, d'apprendre, d'être heureux.

Que ça engage ta responsabilité. Que ça te fait faire du souci pour tout et n'importe quoi. DURANT TOUTE TA VIE.

 

Donc, j'ai changé mon fusil d'épaule et j'ai dit jamais ô grand jamais.

 

Et puis, les enfants ont commencé à me faire peur.

Qu'est-ce qu'il me veut ? Il va me vomir dessus ? C'est quoi ce regard à la Chucki ?

 

Et pis ma sœur a été enceinte. Je n'ai pas touché une seule fois son ventre. Pas senti la petite bouger intra utéro. Le jour de l'accouchement, j'ai accouru, mais j'ai passé plus de temps à prendre des nouvelles de ma sœur et à l'aider à s'installer dans son lit avec son épisio qu'à regarder la petite.

Je me suis un peu sentie coupable et vide, sans émotions et sans sentiments.

 

Et pis la petite a grandie. Elle a commencé à nous reconnaître, à faire des sourires. A faire des calins. A demander « léoutonta ? », « Tu zou avémoua ? ».

 

Et enfin, le « Je t'aime Tatie ». Spontané.

Sans avoir rien fait hein, genre je l'ai pas payée, je lui avais pas fait de gateau ni de cadeau.

 

Inimaginable pour moi. Qui n'ai jamais entendu ces mots sortir de la bouche de mes parents. Qui n'ai jamais cru qu'on puisse m'aimer pour RIEN, même si L'Homme me le répétait sans cesse.

Incroyable.

 

Un énorme chamboulement. Tout ce monde minuscule, finalement, ça aurait du bon ? Ca me ferait REFLECHIR ?

 

Il était devenu possible d'être aimée sans raison. Sans avoir besoin de se casser en 10 pour soulager ou dépanner l'autre (les autres). Sans avoir besoin de se rendre indispensable auprès des autres.

Et en plus, on peut le savoir, et l'entendre ?

 

Et alors, pourquoi j'avais jamais vu ça ? Et pourquoi je me comporte comme ça ?

Et pourquoi je veux pas d'enfant alors que ça semble permettre de recevoir de l'amour contre rien, si ce n'est ta présence ?

 

Ca a été difficile à supporter pour moi, ces questionnements semi conscients.. J'avais pas l'habitude.

C'est pas loin de ce moment là que j'ai débuté ma psychothérapie.

J'ai trouvé pas mal de réponses grâce à cette psychothérapie, mais pas la réponse de pourquoi j'en veux pas.

Je ne me projette pas dans l'avenir avec un gnome.

Et pourtant, j'aime mes nièces et mon neveu d'un amour immense, sans limite.

 

J'espère leur apporter un peu de joie, de gaieté.

Eux m'ont apporté un enclin à la réflexion personnelle.

 

Pour des nains qui alignent à peine 2 mots, c'est finalement pas si mal.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 16:55

On va y aller dans le sens croissant de la casse-couillerie, sinon ce serait moins drole hein ;-)

 

Les paramédicaux

 

D'abord, il y a les infirmières

 

Celles qui savent que ça va pas, mais qui font trainer.

« C'est vrai que ça peut évoquer un ulcère, mais bon, je vois pas pourquoi je ferais un ulcère, je suis pas si stressée que ça ». C'est un ulcère.

 

Celles qui savent qu'elles sont dépressives, mais qui refusent les antidépresseurs.

« Oui, c'est vrai je suis un peu triste. Mais je suis contente, parce que j'ai réussi à perdre 5 kg Docteur ! En pas longtemps en plus. C'est vrai que j'ai pas trop faim en ce moment aussi, ça aide. Bon, je pleure pas mal aussi, à la maison surtout. Des antidépresseurs ? Ah non merci hein, je sais ce que j'ai hein, je vais m'en sortir, faut juste que j'arrive à surmonter ». Elle a eu ses antidépresseurs après 6 mois de tragi-comédie.

 

Celles qui savent moyennement lire.

« Allo Docteur, pour être sûre. La Rocéphine°, vous l'avez marquée en IM. C'est bien ce que vous voulez ? ». Je vais réfléchir encore un peu, et pis je vous rappelle.

 

Celles avec qui t'es pote et qui te pose des questions pour un oui ou pour un non.

«  J'ai une toux qui dure là. Mon médecin m'a marqué des IPP. Bon ça marche pas mal. Tu penses que c'était un reflux ? ». Chais pas.

 

Celles avec qui t'es pote et qui te demande jamais rien.

« Nooooon je tousse depuis pas longtemps, genre 1 ou 2 mois. C'est un peu gras ouiiiiii. Mais je me soigne avec du citron et du miel, ça marche bien. ». Elle a eu des antibiotiques.

 

Et celles qui sont contre les vaccins. Ce sont les pires.

Je me tairais à leur sujet, parce que je pourrais m'emporter.

Je leur ferais un post entier. Peut-être. Ou pas.

 

 

Ensuite viennent les pharmaciens.

Sautez pas au plafond, j'en ai dans ma famille proche.

 

Ceux qui sont contre les vaccins. Mêmes explications que les infirmières, mêmes arguments non réalistes. Bref, je passe.

 

Ceux qui t'appellent pour les histoires d'ordonnance, j'en ai déjà parlé pas mal ici.

 

Ceux qui font des boulettes dans leur délivrance, et qui demandent au patient de venir te voir pour faire une ordonnance de régularisation, histoire de pas se faire taper sur les doigts.

Je vais bientôt sortir mon arme redoutable. Le « Non, je ne crois pas non ».

 

Ceux qui viennent te voir en consultation 2 fois par an avec des antécédents longs comme le bras (hypothyroidie, insuffisance surrénalienne chronique. C'est vrai que ça fait beaucoup pour une seule personne).

Et pis qui gèrent tout seul.

 

Et ceux qui veulent des médicaments à tour de bras.

« Ma fille a une infection urinaire il lui faut un ECBU et des antibiotiques ». Nope. Elle a une vulvite. Arrêtons de la laver 10 fois par jour pour voir.

« Mon fils ronfle sans arrêt, il lui faut des antibiotiques, c'est pas NORMAL Docteur ». Si, c'est l'hiver, il a une rhino. Nettoyons lui le nez pour de vrai, pas pour faire semblant, pour voir.

 

Et enfin ceux que quand t'arrives chez eux pour aller chercher tes médicaments à toi, te posent des questions pour les patients qui sont aussi dans la pharmacie.

« Qu'est ce que vous en pensez vous de cette piqûre/plaie/ordonnance ? ». Moi ? Rien.

 

Les profs


Communément appelés dans le jargon médical les « MGEN », du nom de leur caisse de Sécurité Sociale.

 

Tous les professionnels de santé, y compris ceux cités plus haut vous le diront.

 

Les MGEN sont chiants.

Ils veulent toujours tout savoir, tout comprendre.

Ils posent des milliers de questions sur le pourquoi du comment que ton pipi il est jaune et pas vert alors que dans la formule chimique de... (désolée, j'ai décroché).

Ils arrivent avec un diagnostic et un traitement en tête, de préférence une maladie grave et des médicaments chers.

Il utilisent toujours, parfois à tort d'ailleurs, des termes médicaux.

« J'ai un mégadolichocolon », « J'ai une colopathie fonctionnelle ».

Oui, souvent, leurs pathologies sont centrées sur leur bidou ou leur popo. Le centre du monde quoi, comme pour les gnomes qui ont toujours mal au nombril.

Et pis les profs, ils souffrent. Toujours. Et ils supportent aucun médicament. Jamais.

 

Donc en clair, ils savent qu'ils vont mourir d'une maladie grave, parfois même rare. Le tout dans d'atroces souffrances.

Et ils savent qu'ils vont refuser tout ce que tu vas leur proposer. Mais ils viennent quand même.


Et nous on les aime moyennement parce que

  • ils prennent beaucoup de temps et posent des tonnes de questions qui n'avaient même pas effleurées ta conscience (donc tu ne sais pas y répondre, en tous cas pas de manière convaincante)

  • tu sais très bien que tu n'arriveras pas à les soulager

  • tu comprends pas très bien ce qu'ils attendent de toi (eux non plus d'ailleurs).

 

Mais en vrai de vrai, les MGEN ont vraiment de grandes souffrances à trimballer.

J'aimerais vous y voir vous, à supporter 6 heures d'affilée des gnomes/ado tous les jours.

A les supporter ne pas vous écouter, vous insulter, voire être violent avec vous.

Dans tous les cas, supporter le manque de respect quotidien.

Franchement, déjà dans mon métier ça me saoule, et ça dure rarement très longtemps. Mais eux !?

Tous les jours de toute l'année. Ou presque.

 

Heureusement qu'il y a les vacances. Qu'est ce que ce serait sinon.

Et pis faut pas oublier que leurs vacances, à nos chers MGEN, elles sont pas payées. Ils perçoivent leur salaire de 10 mois étalé sur 12.

Ça fait réfléchir quand même. Ils sont pas libéraux, ils sont FONCTIONNAIRES, et ils ne sont pas payés pendant leur congés.

Le tout pour supporter des gamins pas reconnaissants de l'aide proposée.

Moi vivante, jamais je ne ferais ce boulot.

 

Donc, bon, pour ça, je veux bien accepter leur casse-couillerie.

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 17:09

Je suis une fille bourrée de rituels...

 

Le rituel du coucher.

 

Je considère que ma journée commence toujours au moment où je vais me coucher. C'est le meilleur moment de ma journée, celui où je me rends toujours en souriant.

Bon, intérieur le sourire, parce que je suis en général tellement lessivée que j'ai pas la force de bouger beaucoup de muscles. Alors je vais pas gâcher cette force dans mes zygomatiques, vous comprendrez...

 

Donc, je me couche, je mets une première boule quiès (au cas où il y aurait un orage, j'adore écouter l'orage et la pluie tomber. Oui c'est niais, j'assume.).

Si j'ai le courage, je lis. Sinon, c'est Twitter en alternance avec les sudoku.

Sachez que l'iphone est une invention géniale pour les gens qui, comme moi, ont une plus grande facilité à s'endormir quand leur esprit est concentré sur quelque chose en particulier, logique de préférence.

Les digressions spirituelles de début de nuit, très peu pour moi. Ca a même tendance à me faire flipper, et là c'est l'insomnie garantie.

 

Quand je sens que je relis 5 fois le même tweet, hop, j'enfile la seconde boule quiès, jme retourne et pam, je ronfle.

 

Enfin, en vrai, je suis sure de ne pas ronfler. Par contre, je pousse des petits cris, et parfois je parle. Parfois aussi, comme cette nuit, je me lève. Mais c'est rare.

 

Le rituel du réveil.

 

C'est le moment le plus horrible de ma journée, et il arrive, inévitablement, tous les matins.

Le réveil.

Le lever.

Le « bordel, faut quitter cet endroit douillet et moelleux pour aller combattre la dureté du monde extérieur ».

Ce que je verbalise par un rapide « pfff ». Oui tous les matins. En vrai. Pas que sur twitter.

 

Le rituel de la douche

 

Ce que j'aime moi, dans la vie, après mon homme et mes nièces et neveux, c'est la musique.

Alors, le matin, dans la salle de bain, c'est comme chez Boris (c'est soirée disco, pour ceux qui ont pas suivi).

J'ai une super radio, qui est waterproof et qui se ventouse, achetée dans un magasin national qui vend plein d'objets censés être bio/sympa/bobo.

En vrai, elle est pas waterproof, et pis elle colle pas sur les murs. Donc elle est collée sur le lavabo.

Je passe à peu près 10 minutes à trouver la station qui va bien, qui passe de la musique et pas du blabla de bon matin (non, on ne parle pas le matin, on « pfff » uniquement).

Quand il y a de la musique qui me fait gigoter, je file sous la douche. MON moment. Celui où habituellement, personne de normalement constitué ne vient me déranger.

Bon sauf parfois la coloc, le chat ou mon homme.

Allez, quand c'est mon homme, ça me dérange pas tant que ça.

 

Le rituel de la voiture

 

Devinez ce que je fais en premier quand je saute dans ma voiture.

Hééééé oui je mets le poste en route.

6GO de musique en aléatoire, avec aussi bien du U2, du JJG, du Michel Sardou que du Vivaldi et du Apocalyptica. Oui je sais, je suis une folle moi.

Et là c'est parti pour une dizaine de minutes à chanter (probablement faux d'ailleurs).

 

Celui qui me parle le matin dans la voiture alors que je suis censée chanter...il a droit à mes yeux énervés.

Genre è_é.

 

Le rituel du thé

 

Le mien est bien différent de celui qui a lieu au Japon, mais quand même, il a le mérite d'exister.

Eau qui chauffe en faisant un bruit tonitruant dans la bouilloire électrique, morceau de sucre moitié stévia moitié sucre de canne (là où il y a du plaisir...) et 1 petite cuillère de thé en vrac dans mon touilleur infuseur offert par papa à Noël (meilleur cadeau EVER), le tout dans mon mug spécial offert par ma SuperPote pour mon bureau.

Il est bon mon thé en vrac, parfumé, fruité et fleuri. Pas très fort. Faisant faire beaucoup pipi. Je l'aime vraiment très très fort.

 

C'est mon deuxième moment à moi de la journée, celui auquel je ne déroge pour rien au monde. Et aussi celui que quand je peux pas le faire, je me sens franchement mal.

 

Et comme j'ai la joie d'être maladroite, je renverse régulièrement soit la boîte avec le thé en vrac (ça va, ça se récupère facilement), soit direct le mug contenant 33cl de thé bien chaud et bien sucré. Ca colle légèrement les touches du clavier.

Ce qui nous amène à...

 

Le rituel du ralâge

 

Chuis une professionnelle, une championne du ralage. Championne internationale.

 

Je râle quand il y a pas de patients « Je vais encore me faire chier », « J'aurais pu dormir plus longtemps, pfff », « Et comment je vais le payer moi ce crédit ? »

 

Je râle quand il y a des patients « Chuis fatigué », « Chuis pas motivée », « Ils sont tous chiants ce matin ou quoi ? »

 

Je pourrais être richissime si j'étais payée à la ralerie. J'ai l'impression que ça me détend. Par contre, ça doit pas détendre ceux qui m'écoutent/me lisent. Parce que c'est quasi en non-stop.

 

Et peu de choses me calment.

Mon homme.

Quand je râle pas contre lui. « Il peut pas les trouver tout seul ses clés de voiture ? », « Il peut pas aller faire les courses ? » « Il pourrait pas arrêter de me faire des cadeaux ? »

Mon thé.

Quand je râle pas contre lui. « Il est trop chaud », « Il est trop froid », « Merde, elle pouvait pas rester debout cette tasse bordel ? »

Ma musique.

Quand je râle pas contre elle. « Le son est trop bas j'entends rien », « Le son est trop fort, les patients vont entendre dans la salle d'attente », « Pourquoi elle fonctionne pas la radio 4UClassicRock aujourd'hui putaiiiiiin »

Mes livres.

Quand je râle pas contre eux. « Chié, j'ai encore perdu la page », « Ca m'endooooort », « Bordel, je l'ai laissé sur la table de l'entrée »

 

Attention, voici venir le rituel qui va être le plus hué.

 

Le rituel de « Plus belle la vie »

 

Oui. Le plus souvent possible. Quand je peux pas, ça m'embête. Le week end ça me tue. J'aime cette série.

Pour son côté « il se passe toujours un truc », pour son côté revendiqué non comique.

Pour son côté familial. Pour son côté suspense. Pour son côté éducation de la santé.

Et pis pour son côté « je peux enfin débrancher mes neurones ».

Moi ça me manque de pas pouvoir déconnecter dans la journée. De ne pas pouvoir ne pas réfléchir 2 minutes. Quand j'ai pas de patients, outre le fait de râler, je lis/je fais la compta/autre activité chiante.

Quand je suis dans la voiture, outre la musique, j'ai toujours le téléphone qui sonne, ou je suis toujours en train de me dire « Aaaaaah, j'ai oublié de prescrire la bio à MrPapi », « Chiotte, t'as oublié de faxer l'ordonnance à ta pharmacienne préférée ».

Et quand je rentre à la maison, soit le chat autiste vient miauler pour demander jenesaispasquoi, soit mon homme est là et raconte sa journée (je ne sais pas écouter sans écouter VRAIMENT).

 

Mais quand Plus belle la vie commence, tout le monde le sait, faut se taire, je décroche pas le téléphone, je ne suis plus là pour (presque) personne.

C'est mon VRAI moment à moi, encore plus que celui de la douche ou du thé.

 

 

Je me considère moi-même comme une mémé, avec toutes mes habitudes, mes rituels un peu bancals.

Et c'est cool d'être une mémé !

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 11:32

Maria, je l'ai toujours trouvée bizarre.

Elle a 26 ans.

Elle a un faciès étrange avec un hypertélorisme, un cheveu sur la langue, un visage très rond et des cheveux très clairsemés avec une implantation très haute sur le front.

 

A chaque fois qu'elle vient, c'est pour des histoires gynéco.

Elle a de multiples aventures. Elle une vie sexuelle débridée et satisfaisante, et elle en est pas peu fière.

 

Dernièrement, je lui ai fait le frottis de dépistage, qui est revenu nickel.

Elle avait une mycose très étendue, qui avait été traitée en urgence par le Grand Maître Gynécô par du Secnol° (…). Bien entendu, ça n'avait pas fonctionné.

Après un premier traitement antimycosique incomplètement efficace, j'ai fait faire un prélèvement au labo pour rechercher des mycoplasmes ou des chlamydiae. RAS. Flore légèrement appauvrie.

 

C'est pour ce résultats qu'elle est revenue, Maria. Accompagnée d'une copine qui avait sa môme de 2 ans avec elle.

La môme qui, en 30 secondes, a déjà mis ton cabinet à sac. Qui utilise tous tes stylos pour barbouiller les murs/le bureau/son t-shirt/son ventre la feuille blanche.

Celle qui hurle en non stop, et t'empêche de te concentrer.

Celle pour laquelle tu demandes à la maman d'aller dans la salle d'attente. Et celle pour laquelle la maman refuse de bouger.

 

Et là, au milieu des cris, du brouhaha et des feutres qui volent, Maria me balance que son partenaire, celui avec lequel elle pouvait plus avoir de rapport tellement ça la brulait avec la mycose, il est séropositif.

Ah, et puis, aussi, il y a une histoire de test de grossesse positif.

 

 

« Heu pardon ? »

 

Si jamais un jour je devrais être à sa place, la flore vaginale appauvrie, j'en aurais gentiment rien à foutre. A m'en tamponner l'oreille avec la babouche de la secrétaire.

Ma première phrase serait « j'ai été en contact avec un partenaire VIH+ ». Et sans sourire ni rigoler avec ma pote.

 

Parce que oui, bien sur, elle ne s'est pas protégé. Elle a des rapports avec un type croisé récemment, et elle met pas de capote * sourire *.

 

Je vous laisse imaginer mes yeux qui s'écarquillent, et mon esprit qui se met en mode disque rayé « OMYGODOMYGODOMYGOD ».

 

« Ah et oui, j'voulais vous dire aussi, j'ai des saignements quand je vais à la selle depuis quelques jours, alors, je me suis bloqué le transit avec des médocs parce que ca fait trop peur ! Huhu »

 

.

.

 

Alors, je pose la question.

 

Dans quel monde vit-elle ?

 

Parce que, là, au premier coup d'oeil, on est pas dans le même.

 

Dans le mien, avoir un contact sexuel non protégé avec un séropositif, c'est pas vraiment fendard. Tomber enceinte d'un séropositif, c'est pas bandant.

Bloquer volontairement son propre transit parce que ca fait peur de faire un popo sanguinolent, c'est pas la dernière blague à la mode.

 

Est-ce que tous les jeunes sont dans son monde à elle ?

Est-ce qu'ils ignorent réellement que le VIH est un virus mortel ? Qu'on meurt du SIDA en 2012 ? Que les avancées scientifiques permettent de soulager, mais pas de guérir ?

 

J'ai pourtant l'impression que les médias parlent du SIDA.

Mais est-ce la réalité ?

Ne parlent-ils pas plutôt des avancées médicales, et des espoirs ? N'y a-t-il pas aujourd'hui plus de reportages sur les vaccins envisagés, sur les patients qui résistent au virus ?

 

Les médias aujourd'hui n'ont-ils pas un effet pervers à ce propos ?

En y réfléchissant, j'ai la sensation qu'on ne parle que de choses rassurantes au sujet du VIH.

 

Depuis quand les films que je regarde ont-ils arrêtés de montrer des sidéens en fin de vie ?

Depuis quand n'ai je pas vu de campagne de pub pour les préservatifs ?

Et puis combien coute un préservatif aujourd'hui ?

A mon époque, quand j'étais ado, c'était 1 franc. Trouve-t-on des capotes à 0,15€ l'unité ?

 

.

.

.

 

Toujours est-il qu'elle est repartie avec ses sérologies, son test de grossesse sanguin.

Et pas de conseils.

 

J'ai honte de ne pas avoir lui avoir dit de ne pas avoir de rapports non protégés avant les résultats.

J'ai honte de ne pas avoir appelé les infectios pour être sûre de ne pas avoir à l'envoyer, vu le délai des derniers rapports.

J'ai honte de ne lui avoir demandé de se renseigner sur le statut sérologique et sur la prise éventuelle de traitement, le taux des CD4 et la charge virale quand dans le couloir.

 

J'ai été dépassée par la situation, pas l'insousiance de Maria et par la présence de cette tornade gentille petite fille.

 

On ne m'y reprendra plus.

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23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 09:02

Mes parents

 

Entre

  • la méthode d'éducation de ma mère : surtout ne disons pas à nos enfants que nous les aimons

  • la dépression de ma mère, réactionnelle au fait de ne pas nous dire qu'elle nous aimait

  • l'absence de mon père, toujours au boulot

 

J'ai finalement été intégrée à une place intrafamiliale qui n'était pas la mienne.

 

Mes « copines » de collège

 

Entre

  • le manque d'amis, ou leur disparition sans un mot

  • la culpabilisation incessante et les périodes de « gueule » entrecoupées de copiage aux devoirs sur table

 

J'ai finalement perdu totalement confiance en moi.

 

Mes profs

 

Entre

  • ceux qui ne m'appelaient pas par mon vrai prénom « C'est quoi déjà ? Savon ? Aaaaah non, Bulle »

  • l'étonnante capacité à me faire des remarques sur des choses que j'étais incapable de contrôler, comme ma grande timidité et mon manque de confiance en moi

J'ai finalement eu l'impression de ne pas servir à grand chose.

 

Mes frère et sœur

 

Entre

  • la différence d'âge relativement importante

  • les études à distance de l'ainé, qui était traité en enfant prodigue lors des retours de fin de semaine

  • la crise d'adolescence de la moyenne, avec ses crises et ses méchancetés

 

J'ai finalement eu l'impression de n'avoir pas la parole dans la fratrie.

 

 

 

Mais en vrai,

 

Mes parents, de par la position qu'ils m'ont imposée sans s'en rendre compte, m'ont permis d'être empathique, assez mûre, et aussi quelqu'un de bien, je crois.

 

Mes copines m'ont endurcie, et m'ont permis de faire, à l'âge adulte, des choix raisonnés et réfléchis en terme d'amitié. Et de faire attention à ne pas blesser les personnes qui me sont chères.

 

Mes profs m'ont permis de me rendre compte qu'il fallait crier aussi fort que les autres pour se faire entendre, que de rester dans son coin sans embêter personne n'était pas un comportement « efficace » en société. Et aussi que je pouvais devenir quelqu'un, et que pour ça, il fallait que je sache devenir critique au lieu de rester dans la démagogie et le politiquement correct.

 

Mes frère et sœur m'ont appris qu'on peut à la fois haïr et aimer une même personne. Qu'il y a des gens dans la vie sur lesquels tu peux toujours compter, et que tu as le droit de t'appuyer sur eux quand tu en as besoin. Et que si tu VEUX parler, il y aura toujours quelqu'un pour t'écouter.

 

 

Les choses négatives de ma vie, j'aime à penser qu'elles sont là pour me permettre de grandir, de m'adoucir parfois, et de m'endurcir souvent.

 

 

 

 

Oubliés dans les moments de candeur

Vous revenez dès que j'ai mal au cœur

Partager mes faiblesses et mes erreurs

Vous êtes un peu de mes amarres, un peu de mon histoire.

Bienvenue sur mon boulevard, quand vient la nuit quand ma raison s'égare

 

JJG

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 10:31

Pascale a 4 enfants. Deux « appartiennent » à son mari, d'un précédent mariage. Les deux derniers « sont » à eux deux.

 

Elle vient toujours pour un de ses enfants.

 

Elle est commerciale dans une entreprise française bien connue de téléphonie.

Lui, que je n'ai jamais vu, est en formation professionnelle, rémunéré par les ASSEDIC. Elle ne gagne pas des tonnes non plus au vu du temps sacrifié au boulot.

 

Elle adore ses enfants. De toutes ses forces. Les siens autant que ceux de son mari.

 

Elle le dit, mais surtout ça se voit. Quand elle parle de ses enfants, quand elle les regarde, elle a cette clarté, cette joie qui inonde son visage, comme quelqu'un de très pieu qui regarde Jésus sur sa croix.

Sa maternité, c'est sa foi. Ses enfants sont ses chefs religieux.

Elle les couve. Elle les protège et veut le meilleur pour eux, quoi qu'il en coute.

Quitte même à s'y perdre.

 

Et elle déteste avec autant de force son boulot.

Ce boulot qui l'oblige à rentrer dans un moule. A ne plus avoir la possibilité d'exprimer son avis. A devoir mentir à ses clients, pour rentrer dans les chiffres de vente de ses autres collègues.

Elle couvre un secteur correspondant à 3 départements... Autant vous dire qu'en une journée, elle fait autant de kilomètres que moi en une semaine de visite (et pourtant, je fais pas mal de visites).

 

Elle n'en peut plus de ce boulot qui ne lui ressemble pas, dans lequel elle se sent flétrir et faner.

Et d'ailleurs, ça se voit aussi. Quand elle parle de son boulot, on dirait qu'une petit lanterne s'éteint dans ses yeux, dans son sourire (qu'elle continue à garder malgré tout).

Elle le dit elle-même, elle est prise au piège, bloquée dans cette situation pour des raisons financières.

 

Mais voilà, le dégoût pour son travail a fini par prendre le dessus sur tout.

Elle parle pudiquement d'angoisse et de fatigue.

J'utilise les termes de burn-out et très vite de dépression.

Elle sait mais ne peut pas l'accepter. Enfin, pas si vite.

Alors on fait un premier arrêt de travail. On met des médicaments pour lutter contre le stress, mais pas des benzo, ni des hypnotiques malgré ses troubles du sommeil. On aborde le principe de fonctionnement et l'intérêt de l'antidépresseur.

Et puis je lui donne les coordonnées du CMP. Elle n'a pas tellement envie d'y aller, mais « fera un effort ».

 

Avec les semaines, le repos et le temps de réflexion qui va avec, elle commence à accepter.

Elle revient pour demander une prolongation sans trop culpabiliser.

Elle dit que finalement, elle ne dort vraiment pas bien.

Que le CMP c'est chouette, et qu'ils vont lui prendre rendez-vous avec un psy qui fait de l'hypnose et de l'EMDR*. Et elle a hâte.

On lui a parlé au CMP des antidépresseurs, elle en comprend bien l'intérêt dans son cas, mais non, elle veut s'en sortir sans cette béquille chimique qui, dans son image fantasmée, la rendrait « différente », une « autre » elle. Elle veut être totalement maître d'elle et de ses sentiments pour ses enfants. Même si elle se rend compte qu'elle est plus émotive et moins patiente, et qu'elle crie plus souvent.

 

Et puis elle parle. D'elle.

Pas de ses enfants qu'elle adore. Pas de son boulot tout pourri qui la bouffe et qui l'étouffe. Pas de son mari qui la soutient du mieux qu'il peut.

 

D'elle. De ses envies, de ses douleurs.

De ses angoisses à retourner travailler, qu'elle décrit comme une phobie.

De ses projets de formation dans le milieu paramédical.

Elle ébauche une reflexion sur ses relations avec ses parents décédés, qu'elle met en lien avec ses choix professionnels.

Et puis elle s'arrête très vite.

 

Elle a fait des progrès très importants en 1 mois.

Très rapides selon moi.

Largement pas assez selon elle.

Je la revois dans un mois, et je sais qu'elle aura à nouveau franchi un pas immense.

 

Et avec un peu de chance, elle ne viendra pas pour un de ses enfants malade.

Elle viendra pour sa maladie à elle.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 19:09

Il y a un couple que je vais voir de temps en temps en visite.

Je les aime bien.

 

Ils ont environ 75 ans tous les deux. Ce sont les patients de DrGentil, mais je les aime bien.

 

Pas leur chien, par contre, qui n'arrête pas de m'aboyer et de me sauter dessus, à chaque fois que je viens. Même s'il sait qu'il va se prendre une torniole.

 

La première rencontre a eu lieu parce que Mme Mamie avait une pneumopathie.

« Héééé oui je tousse beaucoup beaucoup. Et puis... Je me rappelle plus... Papiiiiii, et après ?

       - Oui, Dr Bulle, après, elle a eu de la fièvre »

 

Oui, Mme Mamie, elle perd la boule. Un coup de ce bon vieux Alois.

Mais je l'aime bien.

Elle est toute mignonne avec ses cheveux ébouriffés, ses vêtements mal assortis, et son sourire qui semble être indécrochable.

Elle est toute mignonne avec son regard à la fois amoureux et confiant qu'elle lance à Mr Papi dès qu'elle ne sait pas répondre.

 

Forcément, c'est Mr Papi qui gère. Tout.

Le ménage. Le linge. Les repas. Les courses. Les médicaments. Tout.

Je l'aime bien.

Et quand son corps à lui lâche, c'est pour de vrai : sciatalgie à peine calmée par un palier III (la morphine), luxation de l'épaule, prostatite...

 

Sauf que bien évidemment, comme ils sont seuls, et que c'est lui qui gère tout, il ne s'autorise pas franchement à être malade.

Je l'aime bien.

Du coup on tient avec des bouts de ficelle : il fait la kiné à la maison, on fait des hospitalisations de jour pour concentrer les examens complémentaires sur 24 heures, on multiplie les thérapeutiques d'essai pour retarder au maximum l'inéluctable hospitalisation.

A chaque il y croit, à chaque fois je lui dis de pas se faire trop d'illusion. Et à chaque fois je vois son regard déçu.

Déçu de ne pas être assez résistant.

 

Déçu de ne pas être capable de trouver de solution pour son épouse surtout.

Parce qu'il l'aime, Mme Mamie.

 

Ca se voit.

Sur son visage.

Sur sa douceur et sa patience quand il lui explique les choses.

Sur son sourire qu'il s'accroche sur les lèvres quand elle s'inquiète de son état à lui.

 

Et il sait qu'un jour, il ne pourra plus assumer, ni plus assurer. Qu'il faudra accepter de l'aide.

Déjà, il a demandé à l'assistante sociale de passer pour voir s'ils pourraient bénéficier d'aide pour le quotidien. Pour moi, c'est une avancée, voire une victoire.

Mais pour lui, c'est un énorme pas en arrière.

Il sait. Que la vie qu'ils ont connu tous les deux, avant la maladie, ne reviendra jamais. Il est en plein deuil de cette vie-là, et je ne sais pas comment l'aider.

 

Je les aime bien.

Je sais pourquoi.

Parce qu'ils me font penser à mes parents, pour le soutien d'un des deux dans la maladie de l'autre.

Parce que j'aimerai qu'à leur âge nous puissions échanger, MrBulle et moi des regards semblables aux leurs, même si l'un de nous est malade.


Et aussi parce que sur ses chaussons à elle, il y a Hello Kitty.

Et sur les siens à lui, Droopy.

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 11:49

Il y a pas mal de choses que j'ai du mal à gérer. Faut pas déconner, ça ne fait pas longtemps que j'exerce. Encore moins que je suis installée.

 

Il est vrai que, en tant que remplaçante, c'était hyper confortable, quand je savais pas comment gérer.

« Rappelez la semaine prochaine, le DrGentil sera là ».

Ou alors, un grand classique chez moi :

« Je vous donne ce traitement, on est quoi, mercredi, bon faut compter 4 à 5 jours pour qu'il soit efficace. Si ça va pas mieux...Ben vous revenez. En plus, ce sera le DrGentil ».

Avec mon plus beau sourire à 100 000 dollars US.

 

Forcément maintenant, chuis dans le popo.

Bon, quand même, des fois il m'arrive, insidieusement, de dire, quand je gère moyennement :

« On se donne quelques jours, et puis vous revenez si ca va pas mieux... Ah MINCE, je serais en visite/absente/en formation. Bon, mais vous verrez DrGéant ou DrGentil, ils sont très très bien hein »

Toujours avec mon sourire légendaire.

 

Mais il y a une chose que je n'arrive totalement pas à gérer. Ca me bouffe, ça me fait sortir de mes gonds.

 

Non, en vrai, ça me ronge.De l'intérieur.

Comme une petite marmotte, planquée tranquillou dans ma tête, qui de temps en temps sortirait de son hibernation.

Comme pour me rappeler que j'ai juste enfoui cette sensation désagréable.

 

Le sentiment d'injustice.

 

Ca c'est vraiment le truc qui me tue.

 

La remise en question, par soi-même ou par autrui, même si c'est parfois compliqué, c'est toujours positif et constructif.

Enfin, presque toujours, quand on est capable d'y réfléchir posément et d'en discuter ouvertement.

Discuter d'une décision ou d'une pratique, afin de pouvoir réagir de manière différente et parfois plus adaptée lorsque la situation se présentera de nouveau, ou au contraire de se sentir confortée dans ses choix.

 

La critique constructive, c'est douloureux, mais c'est utile !

 

Mais la critique injuste. Celle qui cherche juste à faire mal. Et qui FAIT mal.

Pas celle qui touche la prise en charge médicale en elle-même, pas le traitement prescrit.

Non, celle qui touche la gestion des situations, l'empathie pour mes patients.

 

Je me sens agressée physiquement. A chaque fois.

 

Alors, on est bien d'accord, c'est une injustice ressentie. C'est moi qui pense que les critiques sont non fondées.

J'imagine bien que la personne qui émet ces critiques a, elle aussi, ressentie une forme d'injustice dans ma prise en charge. Elle est en colère, et elle a besoin de la « décharger ».

Un peu comme quand tu cries sur le gars au bout du fil, celui qui est sur sa plate forme téléphonique de l'autre côté de la Méditerranée ou des Alpes, et qui te demande si tu as bien pensé à relancer ton ordinateur et ta box avant de l'appeler (pour la 5eme fois) pour ton problème de connexion internet.

 

En général, j'arrive, au bout de 1 ou 2 jours à faire taire ces paroles, à faire en sorte qu'elles arrêtent de tourner en boucle dans mes pensées.

Par contre, je sais pertinemment qu'elles sont toujours là, quelque part. Et dès que je suis angoissée, fatiguée, ou que j'ai eu une sale journée : BAM.

 

Ma marmotte se réveille. Et elle a faim, c'est logique.

 

Et j'ai l'impression que c'est dans ces moments là que cette injustice est la plus douloureuse.

Se rendre compte que la personne à l'origine de cette agression est la grande gagnante de l'affaire.

 

Et surtout se rendre compte que, finalement, je ne suis toujours pas capable de gérer la situation.

Que je n'ai pas grandi.

 

C'est peut-être ça, finalement, le plus douloureux.

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