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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 08:46

L'empathie, c'est une qualité de chiotte. Mais bon, c'est une qualité quand même.

Un psy a dit un jour « Attention à ce que votre empathie ne devienne pas de la sympathie ».

J'essaie d'appliquer ce précepte tous les jours, et parfois c'est difficile.

 

Je pensais avoir beaucoup progressé.

J'AI beaucoup progressé.

Mais pas autant que je l'aurais espéré.

 

Je croyais ne plus pouvoir me laisser envahir par la peine des autres. Ne plus m'identifier à leur situation et du coup ne plus en souffrir.

Et bien QUE NENNI.

 

A peine montée dans la voiture, que dis-je, à peine au courant du décès de MrPlaieVivante, je savais que j'allais m'effondrer.

Je le connais depuis avant mon installation.

Je remplaçais leur médecin habituel, et quand je me suis installée, ils m'ont suivie.

On s'entendait bien, MrPlaieVivante et moi, on se tiscagnait à chaque fois que j'y passais, avec moult clins d'oeil.

Et elle me racontait invariablement le menu précédent et la java faite la nuit par MrPlaieVivante (bim, clin d'oeil du concerné).

 

Mes premières visites étaient pour les renouvellements.

Puis il y a eu un petit AIT, avec refus d'hospitalisation par la famille.

 

Puis une rétention aigüe d'urine, ayant nécessité une hospitalisation courte.

Au retour, le fauteuil roulant a été obligatoire.

 

Puis une occlusion, ayant nécessité une hospitalisation longue, mal supportée par le patient, avec un refus d'alimentation et une dégradation monstrueuse de l'état cutané.

On a donc fait un retour à domicile, avec passage d'infirmières 2 fois par jour pour le lever et le coucher et les soins de pansement. Et pour la toilette.

 

Vu le caractère matriarcal de MmePlaieVivante, j'ai eu toutes les peines du monde à faire rester les infirmières. Chacun a fait des concessions et on a continué. Je prescrivais des pansements, les infirmières faisaient ce qu'elles voulaient (mais pas ce que je prescrivais).

J'en ai eu marre et j'ai envoyé à la consultation des plaies. On a eu des protocoles écrits pour que les infirmières arrêtent de faire tout et surtout n'importe quoi (je ne critique pas les IDE libérales en général, bien au contraire. Mais là, elles ont vraiment abusé).

Les plaies ont finalement cicatrisé en environ 10 mois.

 

Les kinés le faisaient marcher un peu, aux barres parallèles. J'espérais vraiment qu'il puisse remarcher avec un déambulateur, une foisque les plaies ont été guéries.

 

Et puis vlam, l'AVC massif. Vu comment s'était passée la dernière hospitalisation, la famille a refusé le transport à l'hôpital.

J'ai expliqué longuement à MmePlaieVivante que ça n'allait pas s'améliorer, qu'on ne pourrait pas remonter cette pente là.

Je n'ai peut-être pas pris le temps nécessaire. Je n'ai peut-être pas utilisé les mots adéquats. Je n'ai pas prononcé le mot « mourir », je l'avoue. Et probablement que j'aurais du. Je le saurais pour la prochaine fois.

J'ai prescris les soins de confort et je suis partie.

 

Hier matin, il est décédé, dans son sommeil et dans celui de sa femme. Sans souffrance, sans plainte, calmement.

Je me suis précipitée chez eux, en tentant de me préparer à la rencontre dans la voiture.

 

Quand je suis arrivée, je suis rentrée comme chez moi, je n'ai pas sonné comme d'habitude, je n'ai pas attendu qu'on vienne m'ouvrir.

 

Et elle m'a serrée dans ses bras et a sangloté contre moi.

Elle m'a demandé ce qu'elle allait faire maintenant qu'elle était toute seule.

Et son angoisse m'a envahie.

 

Et qu'est ce que je ferais si un jour TeddyBear venait à mourir ?

Comment je pourrais survivre à un tel cataclysme dans ma vie ?

Comment tenir face à la solitude, face à la certitude de ne jamais pouvoir recroiser son regard et son sourire, de ne jamais sentir son odeur et de ne plus pouvoir me lover dans ses bras ?

Comment peut-on vivre après ça ?

 

Je n'en ai aucune idée, elle non plus. Et c'est ça qui est le plus effrayant, selon moi, dans le décès d'un proche.

Le fait de rester, de n'être pas parti en même temps.

 

 

 

J'y suis repassée hier, voir MmePlaieVivante. Elle a parlé environ 1 heure, de souvenirs principalement, de ses enfants, de son métier.

J'ai quand même réussi à glisser qu'après s'être occupé de tout le monde, elle allait maintenant devoir s'occuper d'elle, qu'il fallait s'y préparer, et qu'il faudrait faire des choix en fonction de ses envies à elle, et plus en fonction des envies de son mari ou de ses enfants.

Et mine de rien, quand elle m'a dit qu'elle n'avait jamais fait ça et que ça lui faisait un peu peur, et bien je l'ai totalement comprise.

 

Je n'ai pas progressé autant que je l'aurais espéré.

Mais je sais maintenant prendre le recul nécessaire pour comprendre pourquoi et comment je peux me laisser embarquer dans ce genre de situation.

 

Empathie, quand tu nous tiens...

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:29

Question philosophique à mort.

Je suis pas philosophe. Je ne l'ai jamais été.

 

Je n'ai jamais réfléchi à rien, je commence à le faire depuis l'ouverture de mon blog.

Oui je vois vous venir, avec vos grands mots « CommEENT , mais ce n'est pas poSSIIIble ».

Ben si. C'est possible.

 

Petite, je jouais souvent seule. Pas que j'en ai souffert, soyons clairs. C'était super cool.

 

On dit que s'ennuyer, ça permet de développer l'imaginaire.

Et ben moi je m'ennuyais jamais.

Mes parents du coup m'offraient des jeux éducatifs à faire seule.

Je faisais des puzzles.

J'écoutais de la musique.

Je lisais beaucoup.

Zéro ennui, même si c'était pas vraiment une jeunesse éclatante de joie et de vitalité non plus.

 

Alors le manque d'imagination, ça pose des problèmes hein.

Répondre à une question ouverte devient hyper difficile, trouver des liens entre plusieurs événements est difficile.

Tenir une conversation est difficile.

Réfléchir sur soi est difficile.

Voire une torture.

 

Certains pourront vous confirmer mes dires. Quand je ne fais rien (ce qui est de plus en plus fréquent), et bien je ne pense pas. Non. Je chante. Dans ma tête. Je me repasse des chansons, des musiques, je fais tous les instruments, je tape le tempo en contractant la cuisse droite (la gauche garde moins bien la cadence), histoire de rester discrète.

 

En fait, je n'en ai vraiment parler qu'à TeddyBear. Lui il comprend pas et me dit que c'est pas normal. Lui réfléchit en non stop, à tout, à rien, à du sport, à la vie, à la retraite, à la famille, à des films, s'invente des histoires de super héros, s'imagine en sauveur de la veuve et de l'orphelin.

En non stop.

Mon Dieu que ce doit être fatigant.

Jamais un moment de répit, jamais un moment de repos dans sa tête.

 

Et pourtant.

Pourtant, au moment où j'ai commencé à péter les plombs et où j'ai débuté ma psychothérapie, je pense que c'est mon esprit qui essayait de me dire « RÉVEILLE TOI BORDEL ».

Et comme je comprenais pas du tout de quoi il s'agissait, j'ai cherché des échappatoires : j'ai développé une hyperactivité physique. Ménage, courses, préparation des repas, rangement, préparation de l'association, rendez vous par milliers.

 

Et dire que je trouvais que TeddyBear fou de ne jamais permettre à son esprit de se reposer...

En fait, je faisais exactement la même chose, mais de manière inconsciente. Avec un but différent du sien : ne jamais avoir la possibilité de réfléchir à ce qui ne tournait pas rond.

 

J'ai mis le doigt dessus avec ma psy.

Elle est maligne parce qu'à chaque fois, elle pose une question tout bête, toute anodine. Et BIM.

Je fais l'association d'idées et je tombe dessus, naïvement, de manière toujours très étonnée.

 

Pourquoi je fais autant de choses ?

Pourquoi je cherche autant à aider les autres ?

A me rendre indispensable ?

 

Et ben voilà, pour ÊTRE indispensable.

Pour qu'on m'abandonne pas.

 

C'est con cette peur de l'abandon. Je pensais pas en être victime.

Mais en fait si, immensément même.

 

Faut que je travaille là dessus sérieusement.

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 09:00

J'ai toujours eu l'impression, tout au long de ma trop longue formation, que finalement, elle n'était que très peu adaptée à mes envies professionnelles.

J'ai toujours voulu faire de la médecine générale dans une petite ville, en libéral. Etre un médecin de famille, comme celui que j'allais voir quand j'étais petite !

 

 

Mais moi, une rhino, en débutant, je savais pas soigner.

Je savais par contre qu'une rhino, ben ca pouvait aussi être un début de méningite, de sphénoidite ou d'autres trucs hyper graves, hyper mortels...mais hyper rares.

 

Pareil pour les douleurs abdominales. De temps en temps, je me dis que, au mon Dieu, j'ai pas pensé que ça pouvait être une ischémie mésentérique !! Ouais mais bon, l'ischémie, ca te tombe pas dessus tous les 4 matins non plus.

 

Par contre, soyons clairs,  je sais toujours pas soigner les rhinos hein, pas la peine de faire la queue devant ma porte. Mais je sais rendre l'attente de la guérison spontanée moins désagréable.

Et ce ne sont ni la Fac ni le CHU qui m'ont appris ça.

 

 

J'ai cherché des cours de type "Comment s'installer en pratique", "Comment monter une SCM".

Et je vous jure que le jour où il a fallu que je gère tout ça...et bien ils m'ont terriblement manqué ces cours.

 

 

Pas de cours non plus sur "Comment gérer les tiers payants en libéral", "Comment tenir une comptabilité en libéral".

Obligée de prendre une comptable (que je chéris au vu de l'économie d'impôts) et de me dépatouiller seule avec mes actes non payés par les caisses.

 

 

Rien non plus à propos de la gestion d'employés.

  •  Ah bon, faut trouver quelqu'un pour s'occuper des fiches de paye ?
  •  Aaaaah oui, faut un contrat oui.
  • Heu... C'est quoi ces trucs qu'on n'a pas payés ? C'est quoi les cotisations patronales des employés ? Aaaaaah, on nous envoie pas de facture en faiiiit ?

 

Et puis les visiteurs médicaux, que tu reçois par politesse au début (comme tu le faisais à l'hôpital d'ailleurs), puis parce qu'ils te remplissent gratuitement l'estomac, et puis finalement, tu ne sais plus pourquoi.

Sauf que tu te rends compte que, bizarrement, cette semaine, t'as prescrit pas mal de son produit, là, à celui qui t'as payé le resto lundi midi...

 

 

Et il y a 2 semaines, des gens formidables m'invitent à rentrer dans leur groupe.

 

Ils proposent des idées innovantes pour refondre la formation de la filière de Médecine Générale, tout en permettant de lutter contre les déserts médicaux qui font l'objet de tant de discussions, parmi les politiques, mais surtout parmi les patients.

 

Et ils me proposent de donner mon avis, de partager leurs discussions, et de diffuser le tout ?

J'avais l'impression de rêver.

 

Bon, moi, je sais bien râler (voir plus haut), mais j'ai peu d'idées.

Heureusement, les leurs, elles sont TRES TRES intelligentes.

 

Vous trouverez donc,à la suite de ce loooong post de râlerie les idées proposées par notre groupe MédGé_2.0, la liste des blogs faisant partie de ce groupe et soutenant l'opération, la possibilité de charger le texte en format PDF pour le lire tranquilou dans votre lit, ainsi qu'un lien vers le site atoute.org qui permettra de centraliser les soutiens.

 

Il me tarde de lire vos réactions sur mon blog et de pouvoir en discuter avec vous tous, cher lecteurs/râleurs que j'aime tant !

 

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 09:00

 

Médecine générale 2.0

Les propositions des médecins généralistes blogueurs

pour faire renaître la médecine générale

 

 

 

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

 

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

 

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

 

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

 

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

 

Nous pensons que c’est possible.

 

 

Sortir du modèle centré sur l’hôpital

 

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

 

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

 

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

 

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

 

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :

-        Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.

-        Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.

-        Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

 

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

 

Cette réforme aura un double effet :

-        Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.

-        Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

 

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

 

 

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

 

 

Idées-forces

 

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

 

Elles sont applicables rapidement.

 

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

 

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

 

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

 

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

 

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

 

Le chiffre paraît énorme, et pourtant... Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000  m2. Coût 900 €/m2).

 

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

 

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

 

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie...). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

 

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

 

2) L’université dans la ville

 

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

 

·                     Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.

 

·                     De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

 

·                     Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.

 

·                     De médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

 

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

 

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester ?

 

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

 

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

 

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

 

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

 

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

 

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération.

De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus. 

 

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

 

 

 

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale. 

 

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

 

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

 

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

 

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt :

— Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…).

— Gestion des ressources humaines.

— Interfaçage avec les tutelles universitaires

— Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional

— Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

 

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

 

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

 

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

 

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.[1]

 

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

 

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

 

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

 

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives !

Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

 

 

Aspects financiers : un budget très raisonnable

 

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

 

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

 

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vison à long terme.

 

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des  autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

 

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

 

 

Le reclassement des visiteurs médicaux

 

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI.

En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire de un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale.

Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville.

Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

 

 

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant. 

 

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

 

 

Calendrier

 

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans.

Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

 

 

Et quoi d’autre ?

 

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

 

·                     L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.

·                     La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).

·                     La nécessaire diversification des modes de rémunération.

Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages –, il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :

— Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.

— Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.

— Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.

·                     La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.

·                     La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens.

D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent !

 

 

 

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

 

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.

 

 

 

 AliceRedSparrowBorée - Bruit des sabotsChristian Lehmann – Doc Maman

Doc SouristineDoc BulleDocteur MilieDocteur VDominique Dupagne

Dr CouineDr FoulardDr Sachs JrDr StéphaneDzb17EuphraiseFarfadoc

FluoretteGéluleGenou des AlpagesGranadilleJaddoMatthieu CalafioreYem 

  

 



[1] À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l'équivalent de 2 ou 2,5 heures d'emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces "tickets" en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).

 

 

 

Adresse de centralisation des soutiens à ces propositions


http://www.atoute.org/n/Medecine-Generale-2-0.html


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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 17:34

La planète évolue.

L'humanité évolue.

La société évolue.

Sachez que le médecin évolue aussi.

 

Il y a quelques années, quand j'étais petite, le médecin, c'était celui que tu appelais quand t'étais malade, celui à qui tu donnais du « Docteur » à chaque fin de phrase.

Tu trouvais que c'était quelqu'un de droit, d'honnête et d'intègre.

Ca avait la classe ! Ca avait des chouettes bagnoles, des chouettes costards.

Ah, et c'était des mecs aussi.

 

 

Aujourd'hui, un docteur, ca a évolué.

 

Aujourd'hui, tu l'appelles pas forcément quand t'es malade.

 

Ca peut être quand tu te sens seul.

« Et puis mes enfants, ils viennent pas me voir Docteur, c'est dur vous savez ». Certes.

 

Quand tu t'embêtes chez toi.

« Je me suis dit que ça vous ferais faire une balade ».Sérieusement ? Ah, c'était une blague ? Bof bof l'humour...

 

Quand tu veux faire une blague.

« Bonjour, je voudrais réserver une chambre pour ce soir ». Ca va être très cher et pas très confortable.

 

Quand tu n'as pas d'autorité sur tes enfants.

« Mais Docteur, il a 27 ans et il refuse de faire cette prise de sang ». Damned. Appelez les gendarmes que diable.

 

Quand tu es en conflit avec un membre de ta famille.

« Vous comprenez, mon père, il gère ça n'importe comment, alors que maman elle a besoin d'une maison de retraite, mais il veut rien entendre, alors faut les raisonner hein ». Ils prennent leurs décisions quand même, à leur âge, non ?

 

Bon, et puis aujourd'hui un docteur, c'est juste quelqu'un d'attiré par l'argent.

 

« Ca se plaint et regarde les bagnoles que ça se pait ». Une 206. 10 ans d'âge. Rayée cabossée de manière hyper artistique. Elle vaut de l'or.

 

« Ralala, ca fait payer une consultation pour chacun, même quand on est 3 ». MAIS, en revanche, ça ne fait pas payer toutes les ordonnances faites par téléphone. Oui, je sais, c'est mal.

 

« Il m'a prescrit ce médicament, là, dont on parle à la TV. Tout ça parce qu'il a été payé par un laboratoire grassement alors qu'il SAVAIT que c'était mauvais ! ». Mal informé, éventuellement. Mais payé ? En stylos et post-it ? Chuis super influençable donc.

 

« Houlala, ça refuse de s'installer en campagne, tout se perd quand même. Le sacerdoce n'est plus ce qu'il était ma bonne dame ». Idem pour l'Etat, qui ne laisse plus d'école/de poste/de services municipaux.

 

 

Mais bon, l'histoire des déserts médicaux, c'est aussi à cause de la féminisation de la profession, c'est bien connu.

 

« Parce qu'une femme, CA FAIT DES ENFANTS ». Oh mon Dieu !

 

« Parce qu'une femme, CA FATIGUE PLUS VITE ». Et c'est plus patient. Ca pourrait te servir.

 

« Parce qu'une femme, C'EST MOINS EFFICACE ». Chériiii, tu feras le repassage la prochaine fois ? On m'a dit que j'étais moins efficace que toi. ^^

 

 

En attendant, Mesdames et Messieurs les patients, par rapport à il y a quelques années :

 

  • nous sommes moins influencés par les laboratoires pharmaceutiques

  • nous tentons de prescrire uniquement les médicaments indispensables

  • notre « salaire » n'a été que peu revalorisé alors que le salaire minimum augmente de manière quasi annuelle

  • nous prenons plus de temps pour vous écouter et vous faire participer à votre santé.

 

Ceci, dit on peut aussi revenir en arrière. Et puis ressortir les silex pour l'hiver.

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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 11:32

Maria, je l'ai toujours trouvée bizarre.

Elle a 26 ans.

Elle a un faciès étrange avec un hypertélorisme, un cheveu sur la langue, un visage très rond et des cheveux très clairsemés avec une implantation très haute sur le front.

 

A chaque fois qu'elle vient, c'est pour des histoires gynéco.

Elle a de multiples aventures. Elle une vie sexuelle débridée et satisfaisante, et elle en est pas peu fière.

 

Dernièrement, je lui ai fait le frottis de dépistage, qui est revenu nickel.

Elle avait une mycose très étendue, qui avait été traitée en urgence par le Grand Maître Gynécô par du Secnol° (…). Bien entendu, ça n'avait pas fonctionné.

Après un premier traitement antimycosique incomplètement efficace, j'ai fait faire un prélèvement au labo pour rechercher des mycoplasmes ou des chlamydiae. RAS. Flore légèrement appauvrie.

 

C'est pour ce résultats qu'elle est revenue, Maria. Accompagnée d'une copine qui avait sa môme de 2 ans avec elle.

La môme qui, en 30 secondes, a déjà mis ton cabinet à sac. Qui utilise tous tes stylos pour barbouiller les murs/le bureau/son t-shirt/son ventre la feuille blanche.

Celle qui hurle en non stop, et t'empêche de te concentrer.

Celle pour laquelle tu demandes à la maman d'aller dans la salle d'attente. Et celle pour laquelle la maman refuse de bouger.

 

Et là, au milieu des cris, du brouhaha et des feutres qui volent, Maria me balance que son partenaire, celui avec lequel elle pouvait plus avoir de rapport tellement ça la brulait avec la mycose, il est séropositif.

Ah, et puis, aussi, il y a une histoire de test de grossesse positif.

 

 

« Heu pardon ? »

 

Si jamais un jour je devrais être à sa place, la flore vaginale appauvrie, j'en aurais gentiment rien à foutre. A m'en tamponner l'oreille avec la babouche de la secrétaire.

Ma première phrase serait « j'ai été en contact avec un partenaire VIH+ ». Et sans sourire ni rigoler avec ma pote.

 

Parce que oui, bien sur, elle ne s'est pas protégé. Elle a des rapports avec un type croisé récemment, et elle met pas de capote * sourire *.

 

Je vous laisse imaginer mes yeux qui s'écarquillent, et mon esprit qui se met en mode disque rayé « OMYGODOMYGODOMYGOD ».

 

« Ah et oui, j'voulais vous dire aussi, j'ai des saignements quand je vais à la selle depuis quelques jours, alors, je me suis bloqué le transit avec des médocs parce que ca fait trop peur ! Huhu »

 

.

.

 

Alors, je pose la question.

 

Dans quel monde vit-elle ?

 

Parce que, là, au premier coup d'oeil, on est pas dans le même.

 

Dans le mien, avoir un contact sexuel non protégé avec un séropositif, c'est pas vraiment fendard. Tomber enceinte d'un séropositif, c'est pas bandant.

Bloquer volontairement son propre transit parce que ca fait peur de faire un popo sanguinolent, c'est pas la dernière blague à la mode.

 

Est-ce que tous les jeunes sont dans son monde à elle ?

Est-ce qu'ils ignorent réellement que le VIH est un virus mortel ? Qu'on meurt du SIDA en 2012 ? Que les avancées scientifiques permettent de soulager, mais pas de guérir ?

 

J'ai pourtant l'impression que les médias parlent du SIDA.

Mais est-ce la réalité ?

Ne parlent-ils pas plutôt des avancées médicales, et des espoirs ? N'y a-t-il pas aujourd'hui plus de reportages sur les vaccins envisagés, sur les patients qui résistent au virus ?

 

Les médias aujourd'hui n'ont-ils pas un effet pervers à ce propos ?

En y réfléchissant, j'ai la sensation qu'on ne parle que de choses rassurantes au sujet du VIH.

 

Depuis quand les films que je regarde ont-ils arrêtés de montrer des sidéens en fin de vie ?

Depuis quand n'ai je pas vu de campagne de pub pour les préservatifs ?

Et puis combien coute un préservatif aujourd'hui ?

A mon époque, quand j'étais ado, c'était 1 franc. Trouve-t-on des capotes à 0,15€ l'unité ?

 

.

.

.

 

Toujours est-il qu'elle est repartie avec ses sérologies, son test de grossesse sanguin.

Et pas de conseils.

 

J'ai honte de ne pas avoir lui avoir dit de ne pas avoir de rapports non protégés avant les résultats.

J'ai honte de ne pas avoir appelé les infectios pour être sûre de ne pas avoir à l'envoyer, vu le délai des derniers rapports.

J'ai honte de ne lui avoir demandé de se renseigner sur le statut sérologique et sur la prise éventuelle de traitement, le taux des CD4 et la charge virale quand dans le couloir.

 

J'ai été dépassée par la situation, pas l'insousiance de Maria et par la présence de cette tornade gentille petite fille.

 

On ne m'y reprendra plus.

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 10:31

Pascale a 4 enfants. Deux « appartiennent » à son mari, d'un précédent mariage. Les deux derniers « sont » à eux deux.

 

Elle vient toujours pour un de ses enfants.

 

Elle est commerciale dans une entreprise française bien connue de téléphonie.

Lui, que je n'ai jamais vu, est en formation professionnelle, rémunéré par les ASSEDIC. Elle ne gagne pas des tonnes non plus au vu du temps sacrifié au boulot.

 

Elle adore ses enfants. De toutes ses forces. Les siens autant que ceux de son mari.

 

Elle le dit, mais surtout ça se voit. Quand elle parle de ses enfants, quand elle les regarde, elle a cette clarté, cette joie qui inonde son visage, comme quelqu'un de très pieu qui regarde Jésus sur sa croix.

Sa maternité, c'est sa foi. Ses enfants sont ses chefs religieux.

Elle les couve. Elle les protège et veut le meilleur pour eux, quoi qu'il en coute.

Quitte même à s'y perdre.

 

Et elle déteste avec autant de force son boulot.

Ce boulot qui l'oblige à rentrer dans un moule. A ne plus avoir la possibilité d'exprimer son avis. A devoir mentir à ses clients, pour rentrer dans les chiffres de vente de ses autres collègues.

Elle couvre un secteur correspondant à 3 départements... Autant vous dire qu'en une journée, elle fait autant de kilomètres que moi en une semaine de visite (et pourtant, je fais pas mal de visites).

 

Elle n'en peut plus de ce boulot qui ne lui ressemble pas, dans lequel elle se sent flétrir et faner.

Et d'ailleurs, ça se voit aussi. Quand elle parle de son boulot, on dirait qu'une petit lanterne s'éteint dans ses yeux, dans son sourire (qu'elle continue à garder malgré tout).

Elle le dit elle-même, elle est prise au piège, bloquée dans cette situation pour des raisons financières.

 

Mais voilà, le dégoût pour son travail a fini par prendre le dessus sur tout.

Elle parle pudiquement d'angoisse et de fatigue.

J'utilise les termes de burn-out et très vite de dépression.

Elle sait mais ne peut pas l'accepter. Enfin, pas si vite.

Alors on fait un premier arrêt de travail. On met des médicaments pour lutter contre le stress, mais pas des benzo, ni des hypnotiques malgré ses troubles du sommeil. On aborde le principe de fonctionnement et l'intérêt de l'antidépresseur.

Et puis je lui donne les coordonnées du CMP. Elle n'a pas tellement envie d'y aller, mais « fera un effort ».

 

Avec les semaines, le repos et le temps de réflexion qui va avec, elle commence à accepter.

Elle revient pour demander une prolongation sans trop culpabiliser.

Elle dit que finalement, elle ne dort vraiment pas bien.

Que le CMP c'est chouette, et qu'ils vont lui prendre rendez-vous avec un psy qui fait de l'hypnose et de l'EMDR*. Et elle a hâte.

On lui a parlé au CMP des antidépresseurs, elle en comprend bien l'intérêt dans son cas, mais non, elle veut s'en sortir sans cette béquille chimique qui, dans son image fantasmée, la rendrait « différente », une « autre » elle. Elle veut être totalement maître d'elle et de ses sentiments pour ses enfants. Même si elle se rend compte qu'elle est plus émotive et moins patiente, et qu'elle crie plus souvent.

 

Et puis elle parle. D'elle.

Pas de ses enfants qu'elle adore. Pas de son boulot tout pourri qui la bouffe et qui l'étouffe. Pas de son mari qui la soutient du mieux qu'il peut.

 

D'elle. De ses envies, de ses douleurs.

De ses angoisses à retourner travailler, qu'elle décrit comme une phobie.

De ses projets de formation dans le milieu paramédical.

Elle ébauche une reflexion sur ses relations avec ses parents décédés, qu'elle met en lien avec ses choix professionnels.

Et puis elle s'arrête très vite.

 

Elle a fait des progrès très importants en 1 mois.

Très rapides selon moi.

Largement pas assez selon elle.

Je la revois dans un mois, et je sais qu'elle aura à nouveau franchi un pas immense.

 

Et avec un peu de chance, elle ne viendra pas pour un de ses enfants malade.

Elle viendra pour sa maladie à elle.

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 11:49

Il y a pas mal de choses que j'ai du mal à gérer. Faut pas déconner, ça ne fait pas longtemps que j'exerce. Encore moins que je suis installée.

 

Il est vrai que, en tant que remplaçante, c'était hyper confortable, quand je savais pas comment gérer.

« Rappelez la semaine prochaine, le DrGentil sera là ».

Ou alors, un grand classique chez moi :

« Je vous donne ce traitement, on est quoi, mercredi, bon faut compter 4 à 5 jours pour qu'il soit efficace. Si ça va pas mieux...Ben vous revenez. En plus, ce sera le DrGentil ».

Avec mon plus beau sourire à 100 000 dollars US.

 

Forcément maintenant, chuis dans le popo.

Bon, quand même, des fois il m'arrive, insidieusement, de dire, quand je gère moyennement :

« On se donne quelques jours, et puis vous revenez si ca va pas mieux... Ah MINCE, je serais en visite/absente/en formation. Bon, mais vous verrez DrGéant ou DrGentil, ils sont très très bien hein »

Toujours avec mon sourire légendaire.

 

Mais il y a une chose que je n'arrive totalement pas à gérer. Ca me bouffe, ça me fait sortir de mes gonds.

 

Non, en vrai, ça me ronge.De l'intérieur.

Comme une petite marmotte, planquée tranquillou dans ma tête, qui de temps en temps sortirait de son hibernation.

Comme pour me rappeler que j'ai juste enfoui cette sensation désagréable.

 

Le sentiment d'injustice.

 

Ca c'est vraiment le truc qui me tue.

 

La remise en question, par soi-même ou par autrui, même si c'est parfois compliqué, c'est toujours positif et constructif.

Enfin, presque toujours, quand on est capable d'y réfléchir posément et d'en discuter ouvertement.

Discuter d'une décision ou d'une pratique, afin de pouvoir réagir de manière différente et parfois plus adaptée lorsque la situation se présentera de nouveau, ou au contraire de se sentir confortée dans ses choix.

 

La critique constructive, c'est douloureux, mais c'est utile !

 

Mais la critique injuste. Celle qui cherche juste à faire mal. Et qui FAIT mal.

Pas celle qui touche la prise en charge médicale en elle-même, pas le traitement prescrit.

Non, celle qui touche la gestion des situations, l'empathie pour mes patients.

 

Je me sens agressée physiquement. A chaque fois.

 

Alors, on est bien d'accord, c'est une injustice ressentie. C'est moi qui pense que les critiques sont non fondées.

J'imagine bien que la personne qui émet ces critiques a, elle aussi, ressentie une forme d'injustice dans ma prise en charge. Elle est en colère, et elle a besoin de la « décharger ».

Un peu comme quand tu cries sur le gars au bout du fil, celui qui est sur sa plate forme téléphonique de l'autre côté de la Méditerranée ou des Alpes, et qui te demande si tu as bien pensé à relancer ton ordinateur et ta box avant de l'appeler (pour la 5eme fois) pour ton problème de connexion internet.

 

En général, j'arrive, au bout de 1 ou 2 jours à faire taire ces paroles, à faire en sorte qu'elles arrêtent de tourner en boucle dans mes pensées.

Par contre, je sais pertinemment qu'elles sont toujours là, quelque part. Et dès que je suis angoissée, fatiguée, ou que j'ai eu une sale journée : BAM.

 

Ma marmotte se réveille. Et elle a faim, c'est logique.

 

Et j'ai l'impression que c'est dans ces moments là que cette injustice est la plus douloureuse.

Se rendre compte que la personne à l'origine de cette agression est la grande gagnante de l'affaire.

 

Et surtout se rendre compte que, finalement, je ne suis toujours pas capable de gérer la situation.

Que je n'ai pas grandi.

 

C'est peut-être ça, finalement, le plus douloureux.

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