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Mardi 19 mars 2 19 /03 /Mars 18:40

La médecine c'est facile. Quand on y réfléchit objectivement je veux dire.

Des gens ont fait des études, certes longues, pour apprendre la plupart des maladies, ainsi que la plupart des traitements indiqués dans ces pathologies là.

On voit un rhume, on donne rien (enfin en théorie).

On voit une constipation, on donne un laxatif.

On voit un infarctus du myocarde, on fait une revascularisation quand c'est possible, ou un pontage.

 

La médecine, en somme, c'est une multitude de tiroirs. En fonction de la pathologie diagnostiquée, on ouvre le tiroir correspondant et on écrit notre ordonnance.

 

Bon, après, il faut savoir poser un diagnostic sur des symptômes et un examen clinique. Ca c'est un peu moins facile de l'imaginer sous forme de tiroirs uniques.

Parce que bon, une gastro entérite, ça peut ressembler à une appendicite, à un infarctus mésentérique ou que sais-je d'autre.

 

Mais de toutes façons, la médecine n'est jamais vu de façon objective.

 

Il y a la vision des patients, la vision des médecins eux mêmes, la vision des politiques...

Vous avez surement vu ces photos humoristiques décrivant comment sont perçus les chats du point de vue du chien/du maître/de lui même.

Vous comprenez où je veux en venir.

 

Comme je ne peux pas parler pour les autres, je vais vous décrire l'image que j'ai de mon métier, et ce que c'est réellement, le plus objectivement possible.

 

Quels sont les mots importants pour définir mon métier ?

 

Passion, empathie, amour des autres. Bien. Un brin bisounours cependant.

 

Mais en vrai, peu de reconnaissance, horaires importants, mauvais rémunération. Un peu casse gueule comme discours, maintes fois répété et non politiquement correct.

 

Comment je voyais mon métier avant de le pratiquer ?

 

J'imaginais un partage, entre le médecin et le patient, une confiance qui aurait été établie sur des bases saines, solides.

Je voyais au départ une relation paternaliste. Le médecin sait des choses, prend des décisions, les explique à son patient totalement confiant. Pas de dispute, pas de discussion, pas de méfiance.

 

J'ai revu ma copie en imaginant le médecin plus comme quelqu'un qui a acquis des connaissances, parfois par les cours, parfois par l'expérience, parfois en farfouillant sur le net (non, je n'ai pas la science infuse non).

Lorsque quelqu'un vient consulter, il s'agit pour le médecin de mettre à la portée de son patient les options les plus pertinentes afin que le patient puisse choisir seul la prise en charge qui est la plus adaptée pour lui. C'est ce qu'on appelle un choix éclairé.

 

J'aime bien cette idée de partage des informations, d'éducation des patients à se prendre en charge, le partage des responsabilités aussi.

 

Mais en vrai, la relation établie entre mes patients et moi n'est pas toujours basée sur la confiance. Je peux comprendre les réticences de certains face à mon aspect de jeunette idiote et incompétente (imaginez si j'avais été blonde !).

 

Mais en vrai, je ne prends pas toujours le temps d'expliquer qu'un rhume, c'est viral, qu'il faut consulter après plusieurs jours d'évolution en cas de non-amélioration. Que les antibiotiques, ça n'est pas tout le temps nécessaire. Je ne prends pas toujours le temps d'évoquer les différences entre les molécules permettant de traiter l'hypertension artérielle.

Je me cache derrière une histoire de surcharge de travail. En fait, je pense surtout avoir la flemme, et aussi avoir (déjà) perdu la foi. Je ne me bats plus non plus contre les « non substituable »

 

Mais en vrai aussi, certains patients aiment bien la relation paternaliste, et se sentent en sécurité quand le Docteur dit de prendre du Paracétamol pour la Rhinotrachéite. Ca fait ordre venant d'un grand manitou.

 

En quoi consiste ce métier ?

 

Recevoir de gens malades, qu'ils soient atteints de maladies aiguës ou chroniques. Les prendre en charge de la meilleure façon possible pour leur permettre de continuer leur vie habituelle avec le moins de désagrément possible.

« Guérir parfois, soulager souvent, consoler toujours ».

Ca c'est ma formule. Mon crédo.

Et je leur dis souvent, quand on est face à des situations devant lesquelles je suis impuissante. « Je sais que c'est difficile, malheureusement, je n'ai rien de mieux pour vous soulager ».

Faire du dépistage, de l'éducation à la santé. Voir des enfants et expliquer aux parents l'intérêt des vaccins. Voir des ados et expliquer l'intérêt des préservatifs et de la contraception. Voir des adultes et expliquer l'intérêt des règles hygiéno diététiques.

 

Mais en vrai, je vois des gens souvent peu malade. Qui prennent beaucoup de temps, parce qu'ils pensent que je ne veux pas les aider, et qu'il faut leur expliquer pourquoi je ne leur prescris pas beaucoup de médicaments et que je prends en compte leur demande sans pouvoir leur donner la réponse qu'ils souhaitent.

 

Mais en vrai, les parents font faire les vaccins à leurs enfants sans parfois en saisir tous les enjeux, et je ne prends pas le temps de leur expliquer, puisque le calendrier vaccinal est respecté.

 

Mais en vrai les ados ne viennent quasiment jamais sans leurs parents, et c'est difficile de parler ouvertement de sexualité avec un ado de 16 ans alors que sa maman est à côté de lui. Et je n'arrive toujours pas à faire sortir les parents lors de ces consultations là.

 

Mais en vrai, j'essaie de parler une fois par an d'hygiène de vie et d'équilibre alimentaire. Pas assez souvent à mon goût. Le sevrage tabagique est plus facilement abordable en ces temps de toux et de glaires, mais en été, mes rappels retombent à plat.

 

Comment je me vois travailler actuellement ?

 

Je m'imaginais sauver la veuve et l'orphelin ou presque.

 

Mais en vrai je sauve principalement des rhinos.

 

Mais en vrai, je remplis une tonne de paperasse sans y comprendre grand chose.

 

Mais en vrai, je suis une gérante d'entreprise.

 

Mais en vrai, j'ai l'impression que les gens se plaignent tellement que j'ai tendance à sous-estimer les symptômes décrits par certains.

 

Mais en vrai, j'ai l'impression de faire certains examens cliniques vite fait bien fait et de bâcler mon travail.

 

Qu'est ce qui m'angoisse ?

 

Ne devrais-je pas prendre plus de temps pour chaque patient ?

Ne vais-je pas passer à côté de quelque chose parce que je suis fatiguée ?

Ne suis-je pas en train de moins me soucier de mes patients ?

Suis-je déjà blasée de mon métier, après seulement 1 an d'installation ?

 

Comment je vois mon métier dans l'avenir ?

 

Je vous le dirai dans quelques années. J'espère pouvoir établir une balance, un équilibre entre ce que j'espérais faire et ce que je fais aujourd'hui, et ainsi ne pas m'épuiser tout en restant suffisamment à l'écoute de mes patients.

 

Croisez les doigts...

Par bulledeviebulledesurvie - Publié dans : Survie
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Lundi 18 février 1 18 /02 /Fév 16:54

Moi patiente, je répondrai aux questions sans détour, par des phrases courtes, directes, sans emberlificotage et racontage des histoires de mon arrière grand tante.

 

Moi patiente, je ne répondrai pas à mes propres questions en attendant que tu confirmes mon idée.

 

Moi patiente, je ne chercherai pas un diagnostic sur internet avec mes symptômes. Et je ne te dirai pas non plus quel diagnostic m'inquiète.

 

Moi patiente, je serais claire sur mes symptômes et leur durée.

 

Moi patiente, je me déshabillerai si tu me le demandes.

 

Moi patiente, je ne respirerai fort que si tu me le demandes.

 

Moi patiente, je ne parlerai pas alors que ton stéthoscope est posé sur mon corps.

 

Moi patiente, je ne chercherai jamais à te juger sur la prise en charge que tu choisis d'adopter avec moi, et je dirai OK pour tout analyse proposée et tout traitement envisagé.

 

 

 

 

Mais finalement, voilà, moi, patiente, je n'ai pas su te dire depuis QUAND exactement je me sens si mal, si ça a un lien ou pas avec mon changement de contraception ou avec mon installation. Je t'ai donné en vrac mes symptômes, mes angoisses, les diagnostics que j'avais évoqués avec d'autres consoeurs/copines toute seule.

 

Finalement, moi, patiente, je n'ai pas enlevé mon T-shirt pour que tu m'examines, et j'ai eu du mal à ne pas te donner le symptôme qui me revenait en tête alors que tu m'auscultais.

 

Finalement, moi, patiente, je ne sais pas respirer fort avec la bouche ouverte.

 

Finalement, moi, patiente, je me suis sentie anxieuse et tremblante à l'idée qu'il te vienne à l'esprit un diagnostic plus inquiétant que mon propre diagnostic. Que j'ai fini par lâcher, bien sur, au détour de la conversation.

 

 

 

Cependant, moi, patiente, je me suis sentie en totale confiance, je me suis fiée à ton jugement et à ta prise en charge.

Je me suis sentie entendue et soutenue, même si tu n'étais pas convaincue par mon auto diagnostic.

Et tu as réussi à me faire accepter que c'était peut-être autre chose.

 

 

 

Je tiens donc à dire à tous mes patients chiants, angoissés, que je vous comprends mieux, et que je suis désolée si je vous donne l'impression de prendre vos angoisses par dessus la jambe.

Je ne prends à priori pas grand chose au dessus de la jambe, et certainement pas vos angoisses.

Par contre, je vous laisse peut-être paraître une attitude opposée.

Sachez, Messieurs et Mesdames les Patients, que je vous ai entendus.

 

 

 

 

Et puis aussi, tiens, félicitations à ma magnifique consoeur qui a eu le courage de m'accepter comme une patiente normale.

Par bulledeviebulledesurvie - Publié dans : Survie
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Mardi 8 janvier 2 08 /01 /Jan 18:57

J'ai eu des bébés pour les examens des 1er et 3eme mois.

« Sontipameunion »

 

J'ai eu des renouvellements pour des patientes, pour lesquelles j'en ai profité pour faire de la prévention et des frottis.

« Dites mois si je vous fais mal »

 

J'ai eu des renouvellements pour des patients allant bien, ayant perdu du poids, et ayant amélioré leur bilan biologique.

« Félicitations, vous pouvez être fier de vous »

 

J'ai eu une bronchite hypersécrétante qui était littéralement sur le cul de voir que j'avais regardé le dossier et que je savais donc qu'elle était diabétique.

« C'est mon métier quand même ^_^ »

 

J'ai eu une arthrite microcristalline douloureuse.

« Faut glacer, mais ça va rentrer rapidement dans l'ordre, courage »

 

J'ai eu des gastros en veux-tu en voilà

« Et on est d'accord, vous vous la gardez hein »

 

J'ai eu des toux sèches trainantes depuis plusieurs semaines.

« On va tout faire pour que ça rentre rapidement dans l'ordre, courage »

 

J'ai eu un malaise vagal d'il y a 3 jours, qui allait bien mieux.

« C'est très angoissant, mais c'est pas très grave »

 

J'ai vu des infections urinaires basses sans complication.

« Ca va vous améliorer vite, mais il faut beaucoup boire »

 

J'ai eu des patientes (beaucoup) venant pour leur suivi gynéco, dont une avec un gardnerella trainant depuis à priori plusieurs années.

« Vraiment, vous allez vous sentir beaucoup mieux rapidement (et sentir meilleur huhu) »

 

J'ai eu une annonce de grossesse chez une jeune femme en plein bilan d'infertilité.

« Vous allez aller faire les bilans, prendre rendez vous chez les gynécologues de l'hôpital. Félicitations ! »

 

Les journées comme hier sont encore trop rares à mon goût.

Des gens gentils, souriants.

Certains malades certes, mais pas énervés. OK, sauf celle qui est arrivée à la bourre et qui n'a pas supporté un coup de pied au cul refus de ma part.

Beaucoup en bonne santé, sans plainte particulière, avec qui je peux prendre le temps de faire de la prévention.

 

Et puis des bonnes nouvelles, et ça, ça fait du bien.

Par bulledeviebulledesurvie - Publié dans : Vie
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Dimanche 30 décembre 7 30 /12 /Déc 18:39

8 femmes.

8 personnes exemplaires, pour qui je ressens parfois de la sympathie et toujours de l'admiration.

8 êtres humains qui me font percevoir les choses importantes dans la vie.

 

 

Je  la vois uniquement à domicile, et ce depuis mon installation. Elle est toujours souriante, toujours en train de rigoler, avec sa voix haut perchée.

Elle vit avec ses parents,  son frère et sa sœur, comme avant. Elle est revenue dans le cocon familial de manière définitive en avril, mais n'avait en réalité jamais bougé de chez eux depuis janvier.

Elle a un métier administratif, mais elle n'est plus vraiment capable de l'assumer, et a eu le mois dernier l'accord pour passer en invalidité à 80%.

Elle faisait des allers retours hebdomadaires à GranVille, dans l'hôpital spécialisé, mais ils ne la traitaient vraiment pas bien. Alors elle va maintenant à MoyenneVille, et ça semble se passer mieux.

Souvent, elle tousse. Parfois, elle a une bronchite. Ces derniers temps, elle a une éruption pas jolie sur les zones de frottement et de macération.

Quand je l'ai vue pour la dernière fois, avant de partir en congés, elle m'a dit "A l'année prochaine Docteur, enfin si je suis toujours là" avec un immense sourire.

Je ne sais pas comment je vais la trouver à mon retour, ni même si je vais la retrouver.

 

Elle a 42 ans, et un cancer du sein multimétastatique.

 

 

Son mari a un cancer cutané ET une leucémie lymphoïde chronique. Oui, il y en a qui n'ont pas de chance.

Il a un caractère particulier, pouvant passer d'une seconde à l'autre d'un mari tendre, aimant et attentionné  à un salaud insultant. Il est comme ça depuis toujours, mais encore plus depuis la reprise du cancer et la chirurgie des parotides.

Elle prend toujours tout avec le sourire, des annonces de rechute aux rendez vous de radiothérapie, en passant par les moqueries de son mari et les sautes d'humeur qui envoient tout vadinguer dans la maison.

Leurs 2 filles sont hyper présentes, et entourent bien leurs deux parents.

Je ne sais pas comment elle fait pour garder le moral, continuer à être avenante, ni comment elle peut penser à m'offrir des chocolats pour Noël.

 

Elle a 65 ans, et un mari très malade.

 

 

Elle est pomponnée à souhait, et vient toujours avec un sourire magnifique.

Elle a eu 2 enfants de son premier mari.

Il l'a plaquée au moment de la grossesse du second.

5 mois après l'accouchement, elle a été fauchée par un chauffard qui l'a laissée pour morte.

Elle est restée plusieurs jours (mois ?) dans le coma, a subi de multiples interventions, garde des séquelles au niveau sensitif et moteur sur la main dominante.

Des témoins ont permis de retrouver le chauffard, qui avait en fait été payé par l'ex mari pour la tuer.

Des années de combat en rééducation et en justice.

Plusieurs années après, ce qui semble compréhensible, elle garde encore des traces de cette histoire. Et pense que son compagnon actuel a honte de ce qui lui est arrivé.

Je lui ai fourni le soutien psychologique dont elle avait besoin pour reprendre un peu confiance en elle et comprendre que son compagnon n'a pas honte de cette histoire, mais imaginait simplement qu'en n'en parlant pas autour d'elle, la douleur s'atténuerait.

Elle continue à venir me voir pour le renouvellement de son antidépresseur. En souriant.

 

Elle a 49 ans, et un homme qu'elle avait aimé a tenté de la tuer.

 

 

Elle a mal au ventre. Tout le temps.

Pas de signes cliniques inquiétants, mais une douleur constante et handicapante.

Elle a donc subi une coloscopie. Diagnostic retenu : colopathie fonctionnelle. Son mal-être se manifeste donc par désordres intestinaux.

Elle a compris la maladie,  et saisit l'occasion pour rencontrer un infirmier psy au centre médico-psychologique de la ville.

En revenant me voir, elle m'explique avoir compris d'où venaient ces douleurs, qui finalement sont concomitantes avec des crises d'angoisse.

Et puis, c'est vrai, son frère s'est fait virer de chez lui par sa compagne, son père a fait récemment un AVC, sa mère est névrosée à n'en plus finir, elle n'a pas de boulot, pas de formation, et se prépare pour passer les concours de la fonction hospitalière.

Quelques mois plus tard, elle repasse et me dit avoir raté ses concours.

Mais il y a d'autres sessions bientôt, et elle se sent plus sereine, et finalement plus prête pour enfin réussir.

 

Elle a 28 ans, et sait maintenant qu'elle ne peut pas tenir sa famille à bout de bras .

 

 

Elle est trop fatiguée pour se déplacer.

Son ancien médecin allait la voir à domicile tous les 15 jours. C'est lui qui, en partant à la retraite, lui a conseillé de me prendre comme médecin traitant.

Elle n'a finalement pas tant d'antécédents que ça, des traitements inutiles qu'on supprime petit à petit.

Et puis, elle a fait une douleur thoracique, envoyée aux urgences par mon associé. Diagnostic : tritronculaire, redevable d'un traitement médical.

Elle a bien compris ce qu'on lui annonçait, a été totalement d'accord avec la prise en charge non invasive.

Mais elle voudrait pouvoir marcher dans son jardin comme avant. Ne plus sentir la douleur dans sa poitrine, ni l'essoufflement à la montée des escaliers. Mais elle remarque qu'elle dort beaucoup mieux.

On tente d'introduire des traitements pour soulager son cœur, mais elle ne tolère pas grand chose et a une tension limite.

Elle comprend qu'elle va mourir, mais veut retarder l'arrivée de la fin le plus possible, pour sa petite fille qu'elle a élevée et pour ses arrières petites filles qu'elle voit grandir.

 

Elle a 98 ans, et va bientôt mourir.

 

 

Elle vivait seule dans sa grande maison à TrouPauméLesOies.

Pendant l'été, pour pouvoir la surveiller, ses filles ont décidé de la faire venir à TrouPauméLaMarchande, histoire de la faire manger et boire.

Elle a bien supporté l'idée d'un séjour. Mais temporaire.

Malheureusement, elle a commencé par se casser le col du fémur. 1 mois de convalescence plus tard, elle ne marchait plus et était incontinente.

Puis elle a fait des épisodes de confusion, m'ayant laissé croire à un AVC. Transfert à l'hôpital, scanner, prise de sang : il n'y a pas d'AVC, retour à l'envoyeur.

La confusion bien entendu n'était pas réglée, et ho surprise, il y avait une hyponatrémie (diminution du taux de sodium dans le sang) à l'analyse biologique faite par l'hôpital. Ils m'avaient fait un courrier me conseillant de prescrire une supplémentation.

Elle arrachait les perfusions, refusait de s'alimenter. Après 2 passages aux urgences de 12 heures, elle a finalement été hospitalisée en gériatrie.

La natrémie est maintenant normalisée, après l'arrêt d'un médicament qui n'est pas connu pour donner des hyponatrémies et la prise de 6 g de sel par jour sous forme de gélules.

Aujourd'hui, grâce à l'aide de sa fille, elle est de nouveau elle, elle remarche, elle mange et fait des blagounettes quand je viens la voir : "Mais QUI êtes vous Madame ? Ahah, non, je blague Docteur".

Elle a accepté le fait de rester définitivement à TrouPauméLaMarchande.

 

Elle a 94 ans, et une force hors du commun.

 

 

Elle ne m'a jamais consultée.

En ce moment, elle a mal au ventre. Et des nausées. Et elle est fatiguée. Ah oui, et elle a un retard de règles de 2 semaines.

Elle ne prend pas de contraception, puisqu'elle ne supporte pas l'idée d'avoir un corps étranger en elle (donc pas de stérilet, ni d'implant) et ne tolère AUCUNE pilule en dehors de Diane 35 que personne, allez savoir pourquoi, ne veut lui prescrire.

Bien entendu, elle a des rapports. Elle tient même un calendrier (oui oui). Mais les rapports sont non protégés. Mais les partenaires sont fiables. Oui, LES partenaires.

Elle a déjà compris qu'elle était enceinte, mais veut l'entendre de la bouche de quelqu'un d'autre. Et de préférence pas son médecin habituel, qu'elle pense moraliste.

La grossesse n'est pas désirée, pas programmée. Elle a déjà 2 enfants. De 2 pères différents. Et pas de travail. Mais il n'est pas question de stopper cette grossesse, alors elle assumera.

Elle repartira avec sa prise de sang, son acide folique, et un rendez vous à mon retour.

 

Elle a 22 ans, et dans 9 mois elle enfantera à nouveau.

 

 

Je ne la connais pas. Enfin pas de manière réelle. Mais je pense la connaître un peu de manière virtuelle. Je pense même qu'on pourrait devenir de bonnes amies si on habitait à côté.

Elle est toujours drôle, toujours souriante, toujours à blaguer. Très branchée bagatelle. Et très spontanée.

Elle a un compagnon, et un fils adorable.

Elle a subi une intervention chirurgicale il y a quelques mois, et a probablement un peu de mal à s'en remettre, même si elle répond toujours "tout va bien !".

Je ne pense pas qu'elle soit heureuse dans sa vie actuelle. Je pense qu'elle s'est laissée enfermer dans une relation de couple non gratifiante, avec à priori un homme violent (même si elle ne le dit pas ouvertement).

Mais elle sourit de nouveau. Elle a rencontré l'homme de sa vie, et elle est certaine d'être heureuse avec lui. Je ne l'ai jamais vue (lue) aussi joyeuse.

Cependant, son compagnon actuel a tout découvert. Et il ne prend pas la chose particulièrement sereinement. Les coups pleuvent, et même si elle se veut rassurante dans ses messages, je sens bien la peur qu'elle ressent. Elle ne peut pas partir maintenant, elle serait complètement à la rue, sans famille, et avec personne pour l'accueillir.

Dans maintenant 3 jours, elle est censée retrouver son amour et rester avec lui de manière définitive. Si son actuel compagnon la laisse partir.

 

Je ne sais pas quel âge elle a, et j'ai peur pour elle.

 

 

 

 

 

Par bulledeviebulledesurvie - Publié dans : Vie
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Vendredi 16 novembre 5 16 /11 /Nov 12:19

« J'ai des boutons en bas, ça me démange. »

En bas de quoi, de chez vous ?

 

« J'arrive plus à m'asseoir, j'ai trop mal. »

Mais tu as mal OÙ précisément ??

 

« Mes gammaGT augmentées, ça peut être du à quoi ? Parce que j'ai vu sur internet... »

Et bien si tu sais déjà, pourquoi tu me poses la question ?

 

« Vous pourriez dire à ma mère de ne plus utiliser le gaz chez elle ? »

Heu...

 

« Vous pourriez dire à mon fils qu'il faut qu'il arrête de sécher les cours ? »

Heu...

 

« Vous pouvez appeler la dermatologue pour qu'elle me reçoive plus vite ? »

Non, il n'y a pas d'urgence vitale à vous faire enlever ces boules de graisse non.

 

« Et pourquoi l'épreuve d'effort elle me serait pas remboursée ? »

Parce que faire du sport, ce n'est pas être malade. En tous cas, pas du coeur. De la tête, je dis pas.

 

« Ah, oui, c'est ce que m'a dit le cardiologue aussi. »

Tu cherches à me tester ou tu n'as VRAIMENT pas confiance dans ton cardiologue ?

 

« Docteur, aujourd'hui, je viens pour PLEIN de raisons. »

Et moi je crois que je vais partir tiens.

 

« Et la pneumonie/l'angine/l'infection urinaire ça vient de quoi ? »

Pfff. Voilà.

 

« Je voudrais commencer à diminuer mon antidépresseur. {…}. C'est vrai qu'en ce moment, ça va pas très fort quand même. »

Attends. Tu vas faire le lien du pourquoi de mon refus.

 

« Et alors le spécialiste, il m'a dit que j'avais un problème avec ma thyroïde, mais j'ai pas osé dire que j'avais pas compris »

On reprend.

 

« J'ai mal aux côtes, ça m'empêche de respirer. Comme si elles étaient cassées. Et puis j'ai mal au ventre aussi. Et puis, j'ai pas le moral, je pleure tout le temps en ce moment. Au boulot ça va pas du tout. »

Viens, assieds toi, on va parler.

 

« Bonjour, je suis une nouvelle patiente. Je suis infirmière. Mon principal antécédent est une insuffisance surrénalienne chronique que je traite moi même »

Triple peine.

 

« Je ne m'occupe pas bien de ma santé. J'ai fait des analyses récemment avec mon docteur de mon ancienne ville, mais j'ai déménagé, donc tenez. Et pis j'ai mal mal à mon estomac, ca ne se calme que quand je mange. »

Insuffisance thyroidienne. Diabète. Dyslipidémie avec 7g de triglycérides. Cytolyse hépatique. Et ulcère gastrique donc.

On n'a pas le cul sorti des ronces.

 

 

 

 

 

 

« Tu dis pas au revoir au Docteur ? »

Smack Smack.

Voilà voilàààààà !

 

 

 

 

 

Par bulledeviebulledesurvie - Publié dans : Vie
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