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22 octobre 2012 1 22 /10 /octobre /2012 17:04

J'aime mon métier.

Je l'adore.

 

Mais il y a des jours ou non, ce n'est pas possible. Me lever devient une terrible corvée, voir les patients est à la limite de l'insoutenable.

 

C'est généralement les lendemains de garde, quand je suis exténuée, surtout quand la garde a été difficile ou mal régulée.

C'est toujours ce jour là qu'il y a plein de consultation et plein de visites à domicile.

Et le plus souvent, j'ai en plus une migraine de folie.

 

Je ne sais pas comment j'arrive, ces jours-là, à tenir debout, à garder les yeux ouverts. C'est pas pour mes associés, ça non. C'est pas pour SuperSecrétaire non plus.

Ce n'est clairement pas pour les patients qui ont toujours décidé de venir pour leur rhino J1 ou leurs douleurs arthrosiques datant de 10 ans minimum. Ou pour des papiers que je ne sais pas remplir.

 

Je ne tiens pas non plus pour moi, parce que moi, je rêve juste d'un bon feu de cheminée, d'une couette, d'un fond sonore doux et d'un ronronnement sur le ventre.

 

Je tiens peut-être pour TeddyBear, pour qu'il soit fier de moi.

Probablement même.

 

Comme toujours.

C'est toujours lui qui m'a permis d'avancer.

Pour trouver dans ses yeux la joie, la fierté, au-delà de l'amour.

 

Mes études de médecine ont été, sincèrement, les pires années de ma vie.

 

J'ai détesté le mode d'apprentissage abrutissant, la somme astronomique de données à retenir par cœur pour les recracher mot pour mot aux examens, sans aucune réfl-exion personnelle.

Puis le bachotage des mots clés pour la préparation à l'ENC (examen national classant, grand concours annuel regroupant tous les externes de dernière année de France : le plus fort, 1er classé, choisira la spécialité qu'il souhaite à l'endroit qu'il souhaite, le dernier prend, en gros, ce qu'il reste).

Ces examens mettent une pression intense, parce que même si tu sais prendre en charge le patient décrit dans l'exercice, si tu ne mets pas le « mot clé » mais un mot ou une expression synonyme, et bien tu n'as pas les points. Et tu es rétrogradé dans le classement.

 

Et j'ai aussi détesté les stages.

 

Mais quelle idée de faire faire des stages en CHU à des gamins de 20 ans ?

Ah bien entendu, ça permet de ne pas embaucher des intérimaires pour faire le classement/recopiage de résultats/sale boulot.

 

Je n'ai connu, en 4 années de stages d'externat (les stages durant 3 mois) que 2 stages pendant lesquels j'ai appris à pratiquer de la médecine. 6 mois au total. En 4 ans.

Extraordinaire.

Je sais que ce n'est pas le cas dans toutes les facs, que je ne me suis peut-être pas assez investie dans mes différents stages. Mais quand même.

Quand en chirurgie on vous dit « Les externes, vous ne descendez pas au bloc »...

Quand en rhumato, votre mission est de « Recopier les résultats du logiciel informatique sur les grandes feuilles A3 que voilà »...

Ça motive moyennement pour l'investissement personnel dans l'activité médicale du service. Vu que t'es pris pour une secrétaire par tout le monde.

 

De nombreuses fois, j'ai craqué sous la pression, avec moult pleurs et sanglots. J'ai pensé sérieusement à stopper net cette carrière ridicule.

 

 

Mais c'est toujours TeddyBear qui m'a regonflée, qui m'a soutenue, en me disant que j'en était capable, que le stage suivant serait plus intéressant, mieux encadré. Et qu'après, je pourrais faire ce que j'aime.

 

Oui, mais, et si ça ne me plait pas finalement, il se passe quoi ?

Je jette 10 ans d'étude à la « poubelle » ? Je deviens caissière dans un supermarché ? Je vends des chocolatines ?

 

Et c'est toujours TeddyBear qui m'a proposé de continuer, d'en terminer avec cette formation, pour ne rien regretter, et que si par malheur, ça ne me plaisait finalement pas, je trouverais bien autre chose, qu'on y réfléchirait à 2.

Mais que quand même, il était certain que ça me plairait et que les patients m'apprécieraient parce que je savais écouter.

 

 

 

 

Alors oui, si les jours où j'ai envie de tout envoyer balader, de claquer la porte et de partir avec ma caisse vers un aéroport international, direction Bali avec ticket aller simple, je ne le fais pas, c'est pour lui.

 

Pour qu'il ne m'ait pas supportée, dans tous les sens du terme, pour rien.

Parce que je l'aime.

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Published by bulledeviebulledesurvie - dans Survie
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commentaires

Docmam 01/11/2012 15:42

Mon Bear à moi me tenait exactement le même discours : "continue, va jusqu'au bout, et une fois que tu auras fini, si vraiment ça ne te plaît pas, alors tu feras autre chose"

Un grand soutien aussi... toujours inquiet aujourd'hui que ça ne me plaise pas...

bulledeviebulledesurvie 10/11/2012 15:46



Le mien est inquiet aussi. Il se demande quand on pourra se payer un jacuzzi et une Ferrari


 


Mouah !!



Anerick 22/10/2012 18:43

Toucher au plus près de l'humain, voir sa fragilité, écouter, affronter sa complexité est une tâche au quotidien difficile. Alors forcement, parfois, c'est un peu je t'aime moi non plus.
Heureusement qu'on a notre Teddybear pour qui c'est je t'aime un point c'est tout !

BabydoOc 22/10/2012 17:17

Un beau texte,un beau message d'amour. Mais cela n'est-il pas dangereux de faire les choses pour quelqu'un extérieur à soi? Je ne sais pas pour toi, je ne peux répondre "oui" que pour moi. Prends
soin de toi.

bulledeviebulledesurvie 22/10/2012 17:48



bien entendu c'est dangereux.


Ma PsyDAmour m'a beaucoup aidé et je suis sortie de cette idée que je dois faire les choses pour les autres.


Mais dans certains moments de grande fatigue et de grande déprime, si je ne tiens pas pour lui, je ne tiens pas du tout. Et je ne peux pas me permettre de m'effondrer.


En tous cas, je ne VEUX pas me le permettre pour le moment.



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